Les figures féminines du Canon à l’honneur chez Omnibus

Les neuf femmes de Sherlock Holmes - Omnibus

On a souvent taxé Sherlock Holmes de misogynie ; et pourtant, les figures féminines abondent dans ses aventures, dont Irene Adler –LA femme-, héroïne de la première des 56 nouvelles de ses aventures, ‘Un scandale en Bohême’.

Ces neuf nouvelles ont chacune une femme comme personnage central, qu’elle soit victime ou objet de l’enquête du génial détective.

Le recueil contient les nouvelles suivantes : ‘Un scandale en Bohême’, ‘Une affaire d’identité’, ‘La bande tachetée’, ‘La cycliste solitaire’, ‘Charles Augustus Milverton’, ‘Le manoir de l’abbaye’, ‘La disparition de Lady Frances Carfax’, ‘La pensionnaire voilée’, ‘La boîte en carton’

Les éditions Omnibus qui proposent déjà à leur catalogue une édition complète du Canon holmésien, viennent de publier un recueil de 9 nouvelles sélectionnées de manière assez originale.

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Une boîte en carton bien encombrante…

J’évoquais dans un récent billet sur les diverses éditions du Canon holmésien, les ‘maltraitances’ régulièrement subies par une nouvelle en particulier : ‘L’aventure de la boîte en carton’ (CARD pour les intimes). En effet, ce texte est régulièrement déplacé, oublié, réutilisé à tel point que le lecteur finit par se poser des questions… D’ailleurs, je vous invite même, avant d’aller plus loin, à rechercher cette nouvelle au sein de votre édition du Canon, histoire de découvrir quelle version vous avez entre les mains et de mieux comprendre les explications qui vont suivre.

Pour résumer la situation, le problème à résoudre est double : il s’agit d’une part de retrouver la position originale de ce texte et de comprendre pourquoi il ne la conserve pas systématiquement dans les diverses éditions. D’autre part, lorsque l’on étudie le contenu même de l’introduction de ce texte on réalise qu’il apparaît également ailleurs dans certaines éditions du Canon. Là encore, on peut essayer de comprendre ce qui s’est produit, puisque les mêmes raisons sont en cause.

Ce double problème semble au premier abord constituer un sac de nœuds indémêlable, pourtant l’affaire n’est pas particulièrement compliquée comme nous allons le voir au cours de cette enquête. Il suffit, comme bien souvent, de revenir aux sources et de remonter tranquillement le fil des diverses publications successives du Canon holmésien pour y voir plus clair.

L'aventure de la boîte en carton - Sidney Paget

Illustration de Sidney Paget pour ‘The Adventure of the Cardboard Box’.

Commençons donc par nous intéresser à la position parfois fantaisiste (voir l’absence) de cette nouvelle au sein des diverses éditions du Canon holmésien et à la raison la plus souvent avancée pour expliquer cela.

CARD a été publiée pour la première fois dans le mensuel The Strand Magazine en janvier 1893, soit au sein d’un ensemble de nouvelles publiées dans le magazine entre décembre 1892 et décembre 1893, puis regroupées plus tard en un recueil intitulé The Memoirs of Sherlock Holmes. Ainsi, en toute logique, ‘The Adventure of the Cardboard Box’ devrait occuper la deuxième position au sein de ce recueil, entre ‘The Adventure of Silver Blaze’ et ‘The Adventure of the Yellow Face’. Or, dès la première publication britannique du recueil, les ennuis commencent.

En effet, ‘L’aventure de la boîte en carton’ est absente de la première édition britannique de The Memoirs of Sherlock Holmes, parue en 1894. Elle a cependant été intégrée à la plupart des éditions suivantes. Aux Etats-Unis, c’est plus compliqué : la nouvelle est bien présente au sein de la première édition du recueil mais elle absente dans les éditions suivantes. Plus tard, elle est finalement réintégrée au Canon dans certaines éditions, mais est alors généralement placée en deuxième position au sein du recueil His Last Bow (première publication : 1917), entre ‘The Adventure of Wisteria Lodge’ et ‘The Adventure of the Red Circle’.

Pour ce qui est des éditions françaises, on remarque qu’elles suivent bien plus souvent le modèle américain que le modèle britannique, en publiant la nouvelle au sein du recueil Son dernier coup d’archet. L’édition Omnibus, quant à elle, après avoir longtemps omis ce texte semble avoir préféré ne prendre aucune décision sur le sujet, en publiant la nouvelle de façon indépendante à la fin du dernier volume si l’on en croit la page internet consacrée à l’ouvrage.

La raison le plus souvent avancée quant à cet escamotage de la nouvelle est celle d’un texte au thème trop inconvenant pour le public de l’époque de sa publication initiale. En effet, au cours de son enquête, Holmes découvre que deux personnages entretiennent une relation extra-conjugale. Si cela fait à peine lever le sourcil aujourd’hui, ce fait avait été jugé choquant à la fin du XIXème siècle.

Maintenant que ce point est éclairci, étudions l’introduction de ce texte.

Vous pouvez la lire en version intégrale à cette adresse. Pour ma démonstration, je me contente de recopier un tout petit extrait :

It was a blazing hot day in August. Baker Street was like an oven, and the glare of the sunlight upon the yellow brickwork of the houses across the road was painful to the eye. It was hard to believe that these were the same walls which loomed so gloomily through the fogs of winter. Our blinds were half-drawn, and Holmes lay curled upon the sofa, reading and re-reading a letter which he had received by the morning post. For myself, my term of service in India had trained me to stand heat better than cold, and a thermometer at 90 was no hardship.

Pour ceux qui ne parlent pas la langue de Holmes, on découvre donc que l’affaire prend place au mois d’août, alors que le temps est incroyablement chaud, ce qui n’est pas inhabituel pour cette période de l’année.

En revanche, ce qui est plus curieux, c’est que dans certaines éditions de ‘The Adventure of the Resident Patient’, on trouve exactement la même introduction… à un détail près :

It had been a close, rainy day in October. Our blinds were half-drawn, and Holmes lay curled upon the sofa, reading and re-reading a letter which he had received by the morning post. For myself, my term of service in India had trained me to stand heat better than cold, and a thermometer of 90 was no hardship.

On découvre alors que l’affaire se déroule en octobre… Dès lors, il est un peu plus étrange de voir Watson évoquer une chaleur écrasante : plus de 32°C (si l’on effectue la conversion), alors qu’il nous indique par ailleurs qu’il a plu toute la journée…

En fait, si l’on regarde ce qui suit cette brève description du contexte, on constate que l’on assiste à une déduction assez brillante de Holmes quant aux pensées de Watson, Holmes expliquant par le détail le fil de son raisonnement. Ce passage, appartenant donc originalement bien à CARD a été jugé particulièrement intéressant si bien que CARD n’ayant initialement pas été retenue pour une publication en volume, il a été inséré au début de RESI, à l’introduction originellement beaucoup plus courte (vous pouvez la découvrir ici).

Lorsque CARD a finalement été réintégrée au volume The Memoirs of Sherlock Holmes, le long passage déductif a retrouvé sa place initiale… enfin pas dans toutes les éditions, malheureusement. On tombe donc régulièrement sur des éditions du Canon ayant bien réintégré CARD et son introduction, mais n’ayant pas repris la version correcte de RESI. Ainsi l’on est ammené à lire deux fois la même scène, dans un contexte plus qu’étrange la seconde…

Bref, une affaire donc beaucoup plus simple qu’il n’y parait et qui montre que tous les éditeurs n’abordent pas forcément leur travail avec le même sérieux… J’espère en tous cas que vous y voyez désormais plus clair.

Sources :  Wikipedia, SSHF et explorations personnelles.

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Son dernier coup d’archet

Son dernier coup d'archet - livre

(livre lu en français)
(titre VO : His Last Bow)

Le livre :

Recueil publié en 1917 et  comprenant les nouvelles suivantes :

L’aventure de Wisteria Lodge, La boîte en carton, L’aventure du cercle rouge, Les plans du Bruce-Partington, L’aventure du détective agonisant, La disparition de Lady Frances Carfax, L’aventure du pied du diable, Son dernier coup d’archet.

L’avis du consulting blogger :

J’ai ouvert ce recueil aussitôt après avoir refermé La vallée de la peur. Je ne voulais pas rester sur la déception ressentie à la lecture de ce dernier ouvrage lu qui n’avait pas réussi à me procurer ce que j’étais venue chercher en l’entamant. Fort heureusement, avec ce recueil, le charme a opéré et j’ai passé (une fois de plus) un très bon moment.

Pourtant, ça ne démarrait pas forcément très bien. L’aventure de Wisteria Lodge (WIST) est une nouvelle très longue et pas particulièrement folichonne… Un homme est invité à passer quelques jours à la campagne, malheureusement, son hôte qu’il connaissait en réalité à peine, est retrouvé mort un beau matin… Mouais…

Malgré la présence de quelques éléments d’un exotisme tout victorien, je suis toujours un peu déçue par le dénouement si peu extraordinaire de cette affaire aux ramifications pourtant bien (trop) alambiquées.

La boîte en carton (CARD), en revanche est vraiment très sympathique. Elle réunit tous les ingrédients que j’aime dans un texte du Canon : une nouvelle qui s’ouvre sur une petite scène terriblement domestique entre Holmes et Watson, Holmes qui démontre une fois de plus l’excellence de son art en dehors de tout contexte criminel et une affaire intrigante qui débute sur une note un peu horrifiante : ici deux oreilles humaines reposant dans le sel et livrées dans un boîte en carton à une vieille fille sans histoire…

Alors au final, l’affaire n’est pas bien compliquée, mais elle démarre de façon tellement peu ordinaire qu’on est immédiatement intrigué. Et puis les déductions de Holmes fusent à une telle vitesse ! A noter que cette aventure fait, en version originale, partie du recueil The Memoirs of Sherlock Holmes.

Dans L’aventure du cercle rouge (REDC) Sherlock Holmes enquête sur un locataire aux manies bien étranges… Bon, le lecteur comprend très rapidement SPOILER : qu’il y a eu substitution mais malgré cela j’ai trouvé que c’était un texte assez intéressant, parce qu’on a quand même besoin de Holmes pour dérouler le fil du mystère jusqu’au bout. 

Et puis j’aime beaucoup le fait que cette aventure au final assez sombre démarre sur un fait à la fois banal et grotesque. Des gens aux moeurs étranges, il y en a toujours eu et heureusement, ils ne cachent pas tous d’aussi dramatiques secrets. Le point de départ semble tellement innocuous que le dénouement en apparait d’autant plus terrible.

Dans Les plans du Bruce-Partington (BRUC), les plans top-secrets d’un sous-marin ont disparu tandis que l’on retrouve le cadavre de l’un des employés qui y avait accès… Comme c’est une très grave affaire d’état qui exige la plus grande efficacité et la plus grande discrétion, Mycroft se déplace en personne au 221B pour demander à Sherlock Holmes de résoudre l’affaire. Bref, si vous avez vu The Great Game, ce scénario doit vous rappeler quelque chose…

Bon, j’avoue que personnellement, ça n’est pas le genre de cas qui a spontannément ma faveur. Je préfère les faits-divers ne touchant pas aux hautes sphères, mais Sherlock Holmes a vraiment quelques éclairs de génie dans ce texte : il fait un certain nombre de déductions brillantes et totalement innatendues et c’est ce qui rend l’affaire finalement plutôt intéressante. 

L’aventure du détective agonisant (DYIN) est un texte assez particulier, parce qu’il n’y a pas d’enquête à proprement parler. L’enquête s’est en fait déroulée avant le moment ou le Dr. Watson choisit d’entamer son récit. Il nous relate seulement les circonstances de la capture du coupable, le piège imaginé par Holmes pour y parvenir. Le titre est assez explicite quand à la façon dont il s’y prend…

C’est un texte que j’appréhendais un peu lorsque je l’ai découvert, forcément, après le traumatisme de FINA. Et je me souviens avoir retenu mon souffle pratiquement tout au long de ma première lecture même si un certain nombre d’éléments relevés tout au long du texte avaient tendance à me rassurer… Maintenant, je sais à quoi m’attendre, alors il m’impressionne un petit peu moins. C’est un texte dont j’adorerais découvrir une adaptation dans la série Sherlock. Mais peut-être pas tout de suite, parce que John risque de pas très bien le prendre…

La disparition de Lady Frances Carfax (LADY) est très drôle, je trouve. Entre Watson qui mène seul l’enquête à la demande de Holmes et est très fier de lui (SPOILER : sans se douter un instant qu’il n’arrive à rien et que Holmes est en réalité en train d’enquêter aussi, en cachette. Cela me fascine toujours que Watson ne soit jamais capable de reconnaitre son ami sous ses déguisements. Il devrait commencer à avoir l’habitude pourtant !) et le final grandiose au cours duquel on retrouve notre chère Lady disparue, SPOILER : cachée dans un cercueil à double fond (oui, vous avez bien lu ! ), je trouve que ce texte a quelque chose d’un peu surréaliste. Mais il m’amuse vraiment beaucoup.

J’en ai déjà parlé sur cet espace, à l’occasion d’un compte-rendu d’une réunion du CHOP, L’aventure du pied du diable (DEVI) est un texte que j’aime énormément.

L’arme du crime qui tantôt rend fou, tantôt tue, est absolument redoutable et génialissime et puis on découvre aussi Holmes un peu plus ‘humain’ parce que pour une fois il n’occupe pas tout son temps à sa profession de consulting detective mais prend le temps de jouer les archéologues (cet homme est parfait), ou d’enterrer sa seringue dans le sable parce que la drogue c’est mal (sérieusement, cette scène me fait toujours hurler de rire), quand il n’est pas en train de faire des galipettes retrouver ses esprits sur la pelouse avec Watson (vraiment l’adaptation Granada de ce texte est mémorable). C’est d’ailleurs un texte qui insiste aussi beaucoup sur leur amitié.

Je ne vais pas m’étendre plus sur le sujet parce que j’avais déjà parler de ce récit de façon assez extensive dans le billet mentionné plus haut. Si j’ai juste un détail à ajouter, ne passez pas à côté de ce texte vraiment génial et très riche qu’on peut lire et relire en découvrant à chaque de petites choses sur les personnages que l’on n’avait pas relevées jusqu’à présent?

Enfin, Son dernier coup d’archet (LAST) a une saveur bien particulière… Déjà parce que le récit est fait à la troisième personne, mais pas seulement. Là encore, comme dans DYI, pas vraiment d’enquête : on se concentre uniquement sur le dénouement d’une affaire qui a sans nul doute longuement occupé nos personnages.

C’est un texte très particulier puisqu’il a été écrit en 1917 et se déroule à la veille (assez littéralement) de la guerre. Holmes, trop âgé pour s’engager joue quand même les patriotes, en sortant de sa retraite pour rendre un dernier service à sa Nation. Dans le genre propagande de guerre pour booster le moral de la population on fait difficielement mieux…

Malgré tout, cela reste un texte très plaisant à découvrir de nos jours. Je trouve l’épilogue émouvant et c’est une jolie façon de dire au-revoir aux personnages, même s’il ne s’agit pas réellement du dernier récit les mettant en scène. Il y a un très beau texte, inspiré par celui-ci, à découvrir dans le recueil La demeure de Sherlock.

Bref, un recueil relativement court mais comportant des textes vraiment très intéressants que j’ai pris beaucoup de plaisir à (re)découvrir. Me plonger dans ce recueil m’a vraiment remonté le moral qui était alors un peu vacillant… Mais ce qui est effroyable dans l’histoire, c’est que du coup, j’approche dangereusement de la fin du Canon… Bon, il y a la relecture qui est toujours savoureuse, comme j’ai déjà pu le constater jusque là, mais psychologiquement, je bloque un peu à l’idée d’arriver à la fin des écrits du Docteur Watson… 

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Souvenirs de Sherlock Holmes

The Memoirs of Sherlock Holmes - First edition

(livre lu en français)
(titre VO : The Memoirs of Sherlock Holmes)

Le recueil :

Recueil également traduit sous le nom : Les mémoires de Sherlock Holmes et comprenant les nouvelles suivantes :

Flamme d’argent, La figure jaune, L’employé de l’agent de change, Le Gloria Scott, Le rituel des Musgrave, Les propriétaires de Reigate, Le tordu, Le pensionnaire en traitement, L’interprète grec, Le traité naval, Le dernier problème.

L’avis du consulting blogger :

Avant de dire quelques mots sur chaque nouvelle, je voudrais parler du recueil de façon générale. Je l’ai donc ouvert dans un moment de ‘manque’ : j’avais littéralement besoin de retrouver Sherlock et John et je crois que c’est pour l’instant la lecture la plus satisfaisante que j’ai fait depuis que j’ai (re)commencé à lire le Canon dans l’ordre.

Lecture la plus satisfaisante, donc, parce je recommence à me sentir vraiment à l’aise avec les personnages, comme c’était le cas il y a quelques années. En plus, j’ai trouvé ce recueil particulièrement riche en scènes domestiques et c’est quelque chose qui m’a énormément plu. Autant, j’ai globalement un poil moins aimé ces intrigues que celles des Aventures de Sherlock Holmes, autant j’ai adoré tous les instants passés au 221b Baker Street en compagnie des personnages. C’est au travers de ces scènes sans prétention que l’on fait vraiment leur connaissance, que l’on s’attache à eux, que l’on comprend le lien extraordinaire qui unit Sherlock et John.

J’ai pris beaucoup de plaisir à (re)lire les intrigues mais j’ai surtout adoré tout simplement profiter du temps passé auprès des personnages. C’est d’ailleurs un trait qui est vraiment mis en avant dans BBC Sherlock et l’une des raisons pour lesquelles j’aime tant la série. J’espère que l’on aura encore droit à de nombreuses scènes de ce type dans les prochaines saisons.

Mais passons maintenant au détail de chaque nouvelle. Rendez-vous en fin de billet pour ceux qui préfèrent sauter directement à la conclusion.

Comme je le disais dans mon billet sur The Curious Incident of the Dog in the Nigh-time, Flamme d’argent (SILV) fait partie de mes toutes premières lectures holmésiennes, et bien que je ne l’ai lue qu’une fois en 14 ans, je m’en souvenais encore parfaitement. Cela dit, j’ai tout de même pris beaucoup de plaisir à relire l’enquête sur la disparition de ce fameux cheval de course. J’ai aimé pouvoir vraiment décortiquer tout le raisonnement de Holmes, l’analyser puisque j’en connaissais par avance les étapes principales et les conclusions.

La figure jaune (YELL) était une découverte. C’est un texte un peu particulier puisque comme Watson nous l’explique, il s’agit de l’un des rares cas où Sherlock parvient à la mauvaise conclusion alors qu’il enquête sur le comportement mystérieux d’une femme mariée. Le fait est qu’il bâtit une hypothèse sans avoir vraiment pris le temps d’enquêter et avant même d’être en possession des faits. Et si j’ai aimé le contenu de l’histoire, je n’ai pas trouvé ce comportement très Sherlockien. J’ai été très déçue et ai trouvé Sherlock totalement OOC dans cette histoire puisqu’il fait exactement ce qu’il explique lui-même qu’il ne faut jamais faire, dans SCAN : It’s a capital mistake to theorise before one has data. Insensibly one begins to twist facts to suit theories, instead of theories to suit facts.

Découverte également pour L’Employé de l’agent de change (STOC) dans laquelle un courtier se voit proposer une bien étrange offre d’emploi. Le mystère n’est pas bien mystérieux sincèrement, et le lecteur voit clair dès les premières pages mais j’ai aimé trouver des similitudes avec La Ligue des Rouquins dans la façon dont l’affaire se présente. C’est chouette de pouvoir établir des liens entre les histoires, de pouvoir raccrocher un bout du Canon à un autre et bizarrement, contrairement à ce que je pensais, je n’ai pas du tout été agacée par cette redite.

Le Gloria Scott (GLOR) est un texte que j’adore ! Son intrigue est rasoir au possible si vous voulez tout savoir, mais j’ai une tendresse particulière pour cette enquête qui est la toute première résolue par Sherlock alors qu’il est encore étudiant et que son ami Victor Trevor lui demande son aide pour comprendre ce que son père lui cache. Je craque tout simplement totalement pour ce texte, pour le Sherlock que l’on y croise. Voir Sherlock, jeune, étudiant, pas encore officiellement détective mais déjà tellement Sherlock ! C’est absolument génial ! En un tout petit texte on en apprend énormément sur le personnage et son histoire. Alors que ce sont des détails globalement absents des autres recueils, là on (re)découvre tout un tas de petites choses, on comprend mieux ce qu’il est devenu et c’est trop bien.

Le rituel des Musgrave (MUSG) est un des meilleurs textes du Canon. Parlez-moi de texte mystérieux transmis de génération en génération, de trésor caché au plus profond d’une antique demeure et je suis totalement emballée ! En plus, j’adore comment l’histoire est amenée, et une fois encore, on a affaire à un très jeune Sherlock qui en est à sa troisième enquête et c’est vraiment chouette. Enfin, un des personnages le dit lui-même, c’est une affaire pour un archéologue, alors comment suis-je censée résister!

J’ai trouvé l’histoire dans Les propriétaires de Reigate (REIG) très alambiquée sans réelle nécessité. Je me suis limite un poil ennuyée. En revanche, j’ai adoré découvrir une fois de plus les talents de comédien de Sherlock alors qu’il enquête sur le meurtre d’un cocher. J’ai aussi aimé la façon dont il apparait relativement affaibli au début du texte, comme pour nous rappeler que malgré ses talents extraordinaires, il n’en reste pas moins un être humain ‘normal’. Cela encre vraiment le personnage dans le réel, d’autant plus que tout un tas de faits, de lieux et de personnages sont évoqués, qui tendent eux aussi à prouver que Sherlock Holmes is real.

J’ai trouvé la nouvelle Le tordu (CROO) terrrrriblement victorienne (c’est à dire encore plus que les autres), aussi bien dans le fond de l’intrigue que dans ses circonstances et les protagonistes (pas tous humains) présents. C’est délicieusement désuet et donne un charme incomparable au récit. Intrigue qui est intéressante mais pas très complexe (une simple histoire de meurtre sans élément vraiment extraordinaire) et c’est vraiment l’ambiance particulière de la nouvelle que je retiens !

Le pensionnaire en traitement (RESI) est vraiment bien goupillée. Bon, on se doute rapidement de ce dont il retourne et ce qu’il se passe réellement dans ce cabinet médical, mais j’ai vraiment aimé la façon dont l’intrigue est construite et la façon dont Sherlock l’aborde. En plus, sans vous spoiler pour autant, je peux d’ores et déjà vous révéler que l’un des coupables a pour nom Moffat ! Autant vous dire, que cette découverte m’a fait pousser un couinement qui n’était pas des plus distingués… (entre cela et Basil, je ne sais pas si je serais un jour autorisée à remettre les pieds au square de Cluny…)

L’interprète grec (GREEnous permet de faire enfin la rencontre de Mycroft et c’est ce que je retiens du texte. L’intrigue est intéressante (une histoire d’otage que l’on fait chanter) mais un peu trop rocambolesque à mon goût et je ne suis pas hyper fan de la façon dont elle se termine. En revanche, j’aime vraiment la façon dont Mycroft est décrit, visiter le Diogenes club…

est beaucoup plus longue que la moyenne des nouvelles de ce recueil et si vous avez vu, The Great Game, elle ne comportera pas grand mystère. Cela-dit, justement à cause de BBC Sherlock, j’étais très curieuse de découvrir ce texte et même en étant auto-spoilée dès le départ, j’ai vraiment beaucoup aimé.

Enfin, le texte que j’appréhendais le plus… Le dernier problème (FINA)… L’affrontement final entre Sherlock Holmes et le professeur James Moriarty… J’avais du le lire pour la première et unique fois il y a environ dix ans. Ce texte m’avait vraiment littéralement traumatisée… m’empêchant pendant des années d’ouvrir un texte inconnu dans le Canon. Autant, je pouvais relire mes préférés, autant j’étais incapable de me résoudre à oser en lire un totalement nouveau. Je me disais que vraiment tout pouvait arriver, surtout le pire et je refusais d’être confrontée à une telle situation une nouvelle fois. Finalement, si ça n’était pas franchement gai, j’ai plutôt aimé avoir enfin l’occasion de relire ce texte. Je n’ai pas pu m’empêcher de verser quelques larmes (bien que je sache parfaitement ce qui se passe pendant et après), mais j’ai gardé quand même un semblant de dignité, pas comme la dernière fois où, vers 14-15 ans, j’ai passé une fin de nuit blanche, en larmes dans mon lit… ou bien en janvier dernier, où j’étais une fois de plus, en larmes dans mon lit, à 6h du matin, après avoir chopé Reichenbach en replay…).

Bref, vraiment un recueil que j’ai adoré parce qu’il est relativement différent des autres. Dans beaucoup de ces textes, John laisse la parole à Sherlock que l’on découvre avant qu’il n’habite le 221b Baker Street. Ca rend le personnage d’autant plus réel, humain, attachant. Alors c’est peut-être aussi une question de quand j’ai lu ce livre, mais j’ai vraiment eu l’impression que ce recueil nous en apprenait beaucoup plus que les autres sur les personnages, nous invitait à vraiment prendre le temps de faire leur connaissance. Comme dans une vraie amitié, on les connait désormais depuis un petit moment et ils dévoilent du coup des trucs plus personnels, plus intimes et c’est en même temps délicat et super pudique. Cette amitié progresse au même pas que celle entre John et Sherlock et on a l’impression d’être là parmi eux et c’est trop bien. 

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