Une étude en soie – Emma Jane Holloway

Une étude en soie - Emma Jane Holloway

Une étude en soie…

Evelina Cooper, la nièce de Sherlock Holmes, s’apprête à vivre sa première saison dans la haute société londonienne. Mais quand de terribles meurtres secouent le manoir de son amie et hôte, la jeune femme se retrouve plongée au cœur d’un complot remettant en question le monopole des barons de la vapeur sur la ville.

L’enquête n’est pas sans risque pour la jeune femme, d’autant qu’Evelina cache un dangereux secret et qu’elle ignore auquel de ses compagnons elle peut vraiment se fier… le beau et brillant aristocrate débauché qui fait battre son cœur ou son meilleur ami forain, qui ferait n’importe quoi pour elle ?

L’avis du consulting blogger…

Ce roman m’avait beaucoup intriguée au moment de sa sortie : j’étais tout aussi attirée par l’ingrédient steampunk de la chose que rebutée par son prix. D’autant plus qu’avec la quatrième de couverture pour seule information, je n’avais vraiment aucune idée de l’importance accordée à l’aspect holmésien. Bref, malgré la beauté de l’objet, pas question pour moi de craquer pour ce petit pavé.

Ma curiosité a finalement été satisfaite lorsque la médiathèque a ajouté ce livre à son catalogue et malgré quelques défauts assez rédhibitoires cette lecture a été une excellente surprise pour moi ! Le résultat est assez éloigné de ce que j’imaginais à la lecture de la quatrième de couverture et c’est ce qui m’a ravie.

En effet, même si le triangle amoureux annoncé est bien présent tout au long du roman, il n’occupe qu’une place secondaire à mes yeux car le monde mis en place par Emma Jane Holloway est beaucoup plus complexe et intéressant que les deux prétendants d’Evelina.

Un mot tout de suite au sujet de ces derniers, car je compte bien vite les expédier aux oubliettes. Dieu qu’ils m’ont agacée ! S’ils sont censés faire tout autant swooner la lectrice ou le lecteur que la jeune femme, le paris est raté avec moi. Ils m’ont pratiquement tout autant insupportée l’un que l’autre et je ne vois pas comment Evelina peut supporter et même rechercher leur compagnie.

Nick, en particulier m’a profondément révulsée : véritable pervers narcissique, son comportement est juste inacceptable et je ne comprend pas comment on peut décemment en faire le prétendant irrésistible qu’il est censé être. Il s’impose dans la vie d’Evie et s’octroie des droits sur sa personne n’hésitant pas à recourir à la violence pour imposer sa volonté, lorsque la manipulation mentale ne suffit plus.

C’est vraiment un personnage qui m’a mise hors de moi et j’ai été dérangée par le fait que son comportement inacceptable soit systématiquement pardonné, oublié. Evie est pourtant une jeune femme pleine de caractère, nom d’un problème à trois pipes, alors qu’attend-elle pour se débarrasser définitivement de ce vampire ? Je vous jure que si ces deux-là finissent ensemble, je ne le digérerais pas ! Je n’arrive tout simplement pas à comprendre que l’on puisse donner leur relation en modèle au lecteur.

Tobias, quant à lui, ne m’a pas d’avantage fait rêver et il nous cache trop de choses tout au long du récit pour que je puisse me décider à lui faire confiance mais il m’a tout de même semblé plus supportable. Je l’ai même trouvé assez touchant dans sa quête d’identité et de liberté. Il assume au moins pleinement son comportement, parfois extrême j’en conviens, et n’en rejette pas la responsabilité sur les autres comme l’autre poison. Je suis curieuse de voir les choix qu’il fera plus tard et où ceux-ci vont le mener…

Anybref, j’ai accordé bien assez d’importance comme cela à ces messieurs. Intéressons-nous plutôt à Evelina et au monde dans lequel elle évolue. Emma Jane Holloway reconstruit donc le quotidien d’une Angleterre Victorienne légèrement différente de celles de nos manuels de classe : les technologies liées à la vapeurs et aux différentes sources d’énergies y sont beaucoup plus développées que dans la réalité, et par là-même bien plus impliquée dans le pouvoir en place.

Ainsi, ceux qui produisent l’énergie détiennent le pouvoir (tiens-donc, comme c’est curieux !) et sont prêts à tout pour conserve ce monopole (décidément !). Ambition, manœuvres politiques, magouilles en tout genre régissent donc le quotidien des classes les plus aisées (qui peuvent se voir déchues du jour au lendemain), tandis que les classes les plus pauvres se contentent de survivre au jour le jour sans que l’on se soucie vraiment d’elles (elles sont d’ailleurs très peu présentes dans l’ouvrage).

Ce qui est intéressant c’est que l’on pénètre vraiment dans l’antichambre du pouvoir, que l’on côtoie ces fameux barons de la vapeur, que l’on suit leurs manigances et tout cela sous des points de vue très divers…  Le résultat est dense et épais mais cela permet à l’auteure de créer un contexte riche et captivant, dans lequel aucun événement n’est vraiment anodin et où chaque action, chaque décision révèle des ramifications profondes.

Le récit va donc bien au-delà de la simple romance déchirée entre une jolie donzelle et ses deux prétendants et c’est ce qui m’a le plus plu au cours de ma lecture. J’ai vraiment trouvé cet aspect très intéressant et j’espère bien que les deux derniers volumes éclaireront totalement cette fameuse « affaire Baskerville » tout juste brièvement évoquée dans ce premier opus.

Ce monde en transition rappelle le nôtre par bien des aspects et c’est ce qui m’a captivée malgré tous les défauts relevés par ailleurs. Je suis vraiment très curieuse de savoir comment tout cela va se terminer…

J’ai aussi beaucoup aimé l’incursion de la magie dans cet univers où prolifèrent la science et les techniques. J’ai particulièrement aimé la façon dont cet aspect est introduit de façon progressive : cela commence par un détail anodin et devient petit à petit impossible à ignorer et chaque chapitre nous apporte de nouveaux détails. La description de cette époque où se côtoient ainsi automates et magie m’ont incroyablement fait penser au génie de Jean-Eugène Robert-Houdin.

En revanche, beaucoup de choses m’ont également dérangée dans la reconstitution de ce contexte particulier. Alors certes, il ne s’agit pas strictement de l’Angleterre Victorienne, mais d’une version adaptée par les soins de l’auteure mais tout de même ! Comment accepter que deux jeunes femmes de bonne famille, sur le point d’être présentées à la Cour, sortent sans chaperon, passent l’après-midi au cirque ou dans l’arrière-boutique d’une boulangerie et se fassent embrasser par des messieurs à tous bouts de couloirs sombres quand elles ne leur massent pas les chevilles ? Cela m’a semblé un peu fort de café !

En réalité, c’est le rapport au corps tout entier qui est ici bien éloigné des valeurs victoriennes, en public comme en privé et cela m’a chagrinée parce que j’ai trouvé que cela détonnait un peu trop. J’ai trouvé les réactions des personnages très anachroniques et cela m’a fait grincer des dents tout au long de ma lecture. C’est dommage parce qu’autant j’ai vraiment admiré tout le travail effectué sur les autres aspects du contexte, autant ces éléments m’ont vraiment semblé dénoter de façon criarde.

Alors je me dis que l’auteure a voulu mettre en avant les deux milieux dans lesquels a grandit Evelina, faisant d’elle une jeune femme assez atypique mais cela ne m’a pas vraiment convaincue… La demoiselle n’en est pas moins sympathique pour autant.

Enfin, il convient d’évoquer l’aspect holmésien de ce premier volume et là encore j’ai été très surprise car si les premières pages du récit ne font que brièvement évoquer le consulting detective, celui-ci occupe une place de plus en plus importante au fil des pages. Il est véritablement un personnage à part entière de l’enquête et c’est d’ailleurs lui qui en orchestre le dénouement. C’est même à Baker Street que tout se termine !

Le portrait du personnage m’a semblé assez fidèle à l’image canonique une fois que l’on a passé outre ce qu’implique son lien familial avec Evelina. Lui coller une nièce dans les pattes (et donc une sœur débauchée par la même occasion) conduit évidemment à faire quelques écarts pas toujours crédibles par rapport au cadre préétabli…

Cela-dit, une telle situation était inévitable : l’histoire d’Evelina est vraiment incompatible à mon sens avec le contenu du Canon et malgré tous les efforts de l’auteure pour raccorder les deux univers, certaines ‘cicatrices’ sont un peu trop grossières à mon goût… Cela-dit, une fois le lien entre Holmes et Evelina exposé, j’ai trouvé que l’on avait affaire à une représentation du détective plutôt plaisante et pas trop éloignée de ce que j’attendais.

En bref…

Des éléments excellents et d’autres plus décevants dans ce premier volume qui reste malgré tout un très agréable divertissement à mes yeux. Vite, la suite que j’espère tout aussi captivante !

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Emma Jane Holloway : site officiel, Facebook, Twitter

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Infos : L’affaire Baskerville – Une étude en soie de Emma Jane Holloway. Titre original : The Baskerville Affair – A Study in Silks. Sortie le 18 février 2015 (papier) et le 20 février 2015 (numérique) chez Bragelonne. Edition numérique : 12€99 – édition papier : 28€.

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9 commentaires sur “Une étude en soie – Emma Jane Holloway

  1. Ida dit :

    Alléluia! Vous êtes de retour! 😀 Voilà qui fait plaisir!
    Pour ce livre… vous nous en aviez déjà annoncé la sortie. Je l’ai vu dans un magasin… Une jolie édition brochée… mais un peu chère et le côté girly sentimentalo machin chose ne m’avait pas séduite… Mon grand âge sans doute. C’est aussi ce qui doit expliquer que le steampunk ne me botte pas davantage… enfin pas au point de dépenser une telle somme. Je suis trop attachée aux énigmes du canon… à la quête… à la description fine des moeurs d’une époque ayant réellement existé pour me contenter d’un lien de parenté avec LE Maître pour apprécier les anachronismes steampunk et de voir effectivement une jeune femme imprudente laisser ces messieurs papillonner autour d’elle.
    Merci de votre critique qui ne fait que de me confirmer ma première impression et éviter un achat un peu surfait. L’emballage ne fait pas la beauté du cadeau après tout.
    Je vous souhaite un bel été.

    Aimé par 1 personne

    • Méloë dit :

      Effectivement Ida, je pense qu’il vaut mieux pour vous éviter cette lecture. Je doute qu’elle vous convienne. La reconstitution n’est pas assez exigeante à mon sens pour vous plaire et je confirme que le prix de l’objet n’est pas du tout justifié à mes yeux. Malgré tout, j’étais ben contente d’agrémenter mes siestes récentes de ce divertissement.

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  2. mlleniall dit :

    Jolie analyse du livre, merci pour cettte chronique que j’ai eu plaisir à lire. Pour ma part, j’ai eu beaucoup de mal à apprecier ce livre. Je m’attendais à une enquete de A à Z, mais finalement j’ai trouvé qu’il s’agissait plutot d’une histoire de romance et c’est vraiment dommage!

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    • Méloë dit :

      C’est amusant parce que de mon côté, j’ai trouvé la romance bien moins présente que je ne le craignais. Après c’est sûr que l’enquête n’est pas particulièrement haletante mais ça ne m’a pas dérangée. Merci d’être passée 🙂

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  3. belette2911 dit :

    Damned, je devais le lire au plus vite et tout à été chamboulé dans mon plan de lecture, comme d’habitude ! C’est toujours le plan de bataille qui foire…

    Bon, l’année anglaise sera un bon prétexte pour le sortir sans trop trainer (6 mois, quoi…) et voir ce que j’en pense 😉

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    • Méloë dit :

      Mouahaaa, je ne suis pas la seule à voir mes plans de lecture sans cesse modifiés 😀 C’est un joli pavé, mais il a le mérite de se lire très vite, alors bonne future découverte 🙂

      Aimé par 1 personne

      • belette2911 dit :

        La première chose qui foire dans mes plans de lecture, c’est le plan de lecture lui-même… je dis que je vais m’y tenir, un chien avec un chapeau passe et boum, tout est chamboulé !

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  4. AnGee dit :

    Ce livre me tente vraiment beaucoup, mais en même temps j’ai un peu peur par rapport à certains points que tu mentionnes (le contexte, par exemple). Je pense attendre qu’il sorte en poche, car le prix me rebute un peu aussi!

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    • Méloë dit :

      Je te recommande effectivement d’attendre la sortie poche (ou de te tourner vers la VO si tu lis en anglais) qui sera beaucoup moins onéreuse (enfin j’espère).

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