La méthode policière de Sherlock Holmes (3/3) – Edmond Locard

Edmond Locard - La méthode policière de Sherlock Holmes (dernière partie)

La méthode policière de Sherlock Holmes, partie 3…

Edmond Locard, directeur de la police scientifique de Lyon, termine ici son exposé sur La Méthode policière de Sherlock Holmes.

L’avis du consulting blogger…

C’est finalement juste après avoir rédigé mon billet sur la partie précédente de cet exposé que je me suis plongée dans cet ultime volet, consacré au processus déductif de Holmes. Après avoir étudié l’éventail de techniques et méthodes qu’il met en oeuvre pour relever les indices, Edmond Locard analyse enfin le raisonnement logique du détective.

Si cette partie est tout aussi intéressante que les précédentes de par son contenu, je l’ai trouvé un poil moins réussie sur le plan de la forme. La démonstration m’a semblé moins élégante, en particulier dans les premiers paragraphes. Heureusement, la conclusion, restée célèbre, permet de boucler le tout sur une tonalité beaucoup plus maîtrisée.

Là où la démonstration m’a semblé un peu pêcher c’est que tout le début du texte n’est en réalité qu’une longue suite d’extraits du Canon. Là où ceux-ci venaient appuyer les affirmations de Locard dans les parties précédentes, ils m’ont ici laissé l’impression d’une accumulation assez pesante.

Je les ai trouvés redondants et du coup, les commentaires de Locard se trouvent un peu noyés dans la masse. C’est dommage car j’ai noté tout un tas de réflexions très pertinentes mais elles ne sont pas forcément aussi bien mises en valeur que dans les deux premières parties.

On comprend bien que ce que Locard cherche à montrer par cette accumulation, c’est que Holmes ne se trompe (presque) jamais et qu’en cela il s’éloigne drastiquement de la réalité quotidienne d’un enquêteur officiel mais je pense qu’il aurait pu faire passer la même idée avec une sélection plus restreinte d’exemples.

Sherlock est le seul qui […] ne se trompe jamais ; car tel est le bon plaisir du romancier.

Une fois de plus, Edmond Locard montre bien que malgré toute l’admiration qu’il peut avoir pour le Maître, il ne se laisse pas aveugler par les résultats extraordinaires auxquels il parvient. Lui-même a d’ailleurs été parfois amené à formuler ce type de déduction (nous donnant au passage un exemple d’autant plus grisant qu’il est bien réel) et démontre une fois encore montre qu’il est parfaitement au fait de ce qu’il expose.

Il écrit alors quelque chose de très important mais que l’on pourrait oublier en lisant les récits du Dr. Watson :  le produit d’une déduction n’est jamais une certitude mais une hypothèse probable. Il démontre ainsi que pour une même série d’indices, il est possible de parvenir à diverses conclusions, tout aussi acceptables que différentes.

Tout est à imiter chez Holmes : sa spécialisation, sa compétence technique ; et en ceci on peut l’égaler, le dépasser même aujourd’hui[…] mais où il reste le maître, c’est dans le choix heureux de l’hypothèse, dans l’intuition qui ne s’apprend pas, dans la force logique. Une grande modestie, le doute scientifique, voilà ce qu’impose l’inégalité des conceptions à ceux qui tenteront de le suivre…

Il remet d’ailleurs en question le choix du terme ‘déduction’, inapproprié selon lui au travail intellectuel de Holmes. Nombreux sont ceux qui ont en effet critiqué ce terme, mais ici ce qui me plait tout particulièrement, c’est la clarté de sa justification.

Alors que la déduction repose sur des principes généraux, l’enquêteur n’examine jamais que des cas particuliers. Ainsi, en remontant des faits observés (qui peuvent en rappeler d’autres) vers une cause probable (elle toujours variable), Holmes comme les policiers modernes opèrent en réalité un raisonnement analytique.

Enfin, sur un plan tout à fait anecdotique car ce n’est pas le but de son exposé, j’ai aimé le voir évoquer la popularité de Holmes et la façon dont celle-ci inspire presque quotidiennement imitations et parodies. Il cite au passage un texte dont je peine encore à retrouver les références : Le Roi, mettant en scène un certain commissaire Blond… Si quelqu’un connait ce texte, je serais ravie d’en savoir plus !

En bref…

Me voici parvenu au terme d’un exposé absolument captivant et dont je ne peux que vous recommander la lecture ! On ressent tout à la fois l’expertise professionnelle de Locard et sa profonde admiration pour Holmes et c’est cette combinaison qui fait selon moi la richesse de ce texte.

La méthode policière de Sherlock Holmes : partie 1, partie 2

lire le texte en ligne sur Gallica

Infos : ‘La méthode policière de Sherlock Holmes’, partie 3, de Edmond Locard. Article publié dans La revue hebdomadaire le 25 février 1922.

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5 commentaires sur “La méthode policière de Sherlock Holmes (3/3) – Edmond Locard

  1. belette2911 dit :

    J’avais lu dans un autre livre que Holmes ne déduisait pas, pas de l’induction non plus, mais que c’était de l’abduction ! Faudrait d’ailleurs que je profite du mois anglais pour relire cet excellent « SH – De Baker Street au grand écran »

    Aimé par 1 personne

    • Méloë dit :

      J’avais aussi beaucoup aimé ‘SH, de Baker Street au grand écran’. J’attendais un truc un peu creux et racoleur à cause du titre et finalement, je l’ai trouvé très intéressant.

      Aimé par 1 personne

  2. Ida dit :

    Bonjour et merci encore pour cet exposé sur ce texte.

    Je me suis toujours posée cette question: la méthode de Holmes si elle est captivante et fait illusion dans des romans… et si elle donne quelques éléments sur la démarche intellectuelle à suivre dans une enquête de police… serait elle effective dans la réalité?

    S’il y a bien quelque chose dans « la démarche », parfois certaines démonstrations (notamment celles où Holmes s’amuse aux dépens de Watson en introduction d’un certain nombre de nouvelles) me paraissent un peu abracadabrantes car basées parfois sur des éléments que Holmes postule comme évidents sans les démontrer ou reposent sur des éléments de savoirs tellement diversifiés et spécifique qu’il faudrait être omniscient pour les avoir en tête au moment nécessaire.

    Bon en même temps… si on met un peu son sens critique en sommeil ça marche…

    à bientôt 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Méloë dit :

      Je partage votre interrogation et c’est un point sur lequel Edmond Locard insiste également. Si la démarche est techniquement irréprochable, les résultats ne sont infaillibles que dans le cas de Holmes, donc dans le domaine de la fiction. Dans les faits, c’est une toute autre histoire…

      J'aime

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