Une étude en vert – Neil Gaiman

Neil Gaiman - A Study in Emerald

Une étude en vert…

Ce texte écrit pour l’anthologie Shadows over Baker Street répond à la contrainte suivante : plonger Sherlock Holmes dans l’univers imaginé par H.P. Lovecraft.

L’avis du consulting blogger…

J’avais ajouté cette nouvelle à ma liste de textes à lire, il y a plusieurs années déjà mais l’occasion n’était jamais la bonne ; je renâclais sans raison valable. Le texte est court et j’avais beaucoup aimé ma précédente lecture de l’auteur, pourtant, je n’arrivais pas à me décider. J’ai fini par me lancer en faisant un peu de ménage de printemps dans mes archives.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce texte m’a énormément surprise ! Jusqu’au dernier moment, je pensais rédiger un billet globalement enthousiaste mais pas non plus encenseur. Et puis, je suis arrivée à la fin du texte et j’ai littéralement été bluffée. C’est donc bien d’un petit coup de cœur que je compte vous parler aujourd’hui.

Pourtant, en découvrant le contexte d’écriture de cette nouvelle, je me suis sentie un peu perdue. C’est peut-être une lacune terrible, mais je ne connais pas du tout l’oeuvre d’H.P. Lovecraft, autrement que de renommée. Je ne suis pas du tout familière avec l’univers qu’il a pu mettre en place au fil de son oeuvre et je me demandais si cela n’allait pas influencer mon appréciation de cette nouvelle.

Finalement, si je ne suis absolument pas en mesure de juger l’aspect Lovecraftien de la chose, j’ai trouvé le mélange des deux univers extrêmement bien réussi. Pourtant, c’est un sacré défi que de replacer les personnages canonique dans un contexte fantastique car on fait difficilement personnage plus attaché à la raison que Holmes. Mais ici, j’ai trouvé que le résultat était cohérent.

La fusion des deux univers m’a semblé réussie parce qu’elle est pratiquement invisible. Tout est ‘propre’, unifié : on ne voit pas de ‘cicatrice’. Alors, je ne suis vraiment pas sûre que j’apprécierai ce mélange sur la durée parce que je ne suis, a priori, vraiment pas tentée par le mythe de Cthulhu et que pour moi l’univers holmésien se suffit à lui-même mais ponctuellement, comme c’est le cas, ici, j’apprécie énormément le procédé.

Si le titre de la nouvelle rappelle si fortement Une étude en rouge, ça n’est pas sans raison. Tout au long du texte, les références au roman (et à l’univers holmésien en général) sont extrêmement nombreuses. La construction globale de l’intrigue, les déductions du héros… tout nous rappelle le Canon et l’on a quelque part l’impression de découvrir une version parallèle de l’original qui aurait bien pu se dérouler ainsi dans un univers légèrement différent.

Quant à ce qui justifie mon coup de cœur pour ce texte, c’est SPOILER : le brillant twist final que je n’avais pas du tout vu venir avant les dernières pages ! Les indices sont là pourtant et le retournement de situation fait partie des codes (pas toujours respectés) de la nouvelle mais je ne me suis faite avoir comme une bleue (pour mon plus grand plaisir) ! J’ai bien été titillée par le doute, mon attention éveillée par quelques petits détails alarmants mais il a vraiment fallu que les derniers indices soient en place pour que je parvienne à l’incroyable conclusion, quelques paragraphes seulement avant le dénouement ! Holmes le répète pourtant souvent: il ne faut jamais baser ses déductions sur des suppositions (soit partir ici du principe que nos deux héros sont Holmes et Watson parce que c’est ainsi que cela se déroule habituellement) mais sur les faits eux mêmes. Visiblement, je n’ai pas encore bien retenu la leçon !

Une dernière petite chose : si vous maîtrisez la langue de Holmes, je ne peux que vivement vous recommander la version anglaise en PDF de cette nouvelle (lien en bas de la chronique) car un très chouette effort de mise en scène a été effectué.

Ainsi, entre la typographie et les encarts publicitaires plus vrais que nature insérés, on a presque l’impression de découvrir la nouvelle dans un authentique journal victorien. Ça n’est que du décor certes, mais cela donne une petite saveur particulière à l’expérience !

En bref…

Une nouvelle brillamment machiavélique dans sa construction. Elle intègre immédiatement mon top personnel et confirme l’admiration que j’ai pour la plume de Neil Gaiman.

Neil Gaiman : site officiel, Facebook, Twitter

Lire la nouvelle en ligne (en anglais)

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Infos : ‘Une étude en vert’, in Des choses fragiles de Neil Gaiman. Titre original : ‘A Study in Emerald’. Texte écrit pour l’anthologie Shadows Over Baker Street (2003) et réédité dans Fragile Things (2006). Recueil publié le 17 avril 2009 chez les éditions Au Diable Vauvert (grand format) et le 10 novembre 2010 chez les éditions J’ai lu (poche). 476 pages. Edition papier : 8€10 (poche).

Sources : le cafard cosmique

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12 commentaires sur “Une étude en vert – Neil Gaiman

  1. Ida dit :

    Vous éveillez ma curiosité Méloë. 🙂

    J’apprécie Lovecraft à petites doses. J’aime la façon dont il amène peu à peu dans certaines histoires l’ordinaire à sombrer dans le fantastique. En revanche je trouve le style parfois redondant de par l’usage assez répétitif de certains termes ou adjectifs qui semblent incontournables dans sa création mais c’est peut être lié aux traductions… Je suis sortie de certaines nouvelles en overdose du mot « cyclopéen » par exemple! 😉

    Mêler Holmes à tout ça… pourquoi pas. A vous lire le mariage a l’air réussi dans cette nouvelle. Je crois que je vais l’inscrire sur ma liste…

    A propos je me souviens que le jeu Frogware « La nuit des sacrifiés » de la série des Sherlock Holmes avance pas à pas vers un dénouement Chtulien.

    Sans être obligé de l’acheter on peut le voir en vidéo de Let’s play sur la chaîne de Loxhlou sur Youtube… A regarder comme un dessin animé (même si Frogware n’était pas aussi avancé qu’aujourd’hui sur le plan graphique).

    A bientôt

    Aimé par 1 personne

  2. Ida dit :

    La prodigieuse indigence des programmes tv (et encore la nouvelle série de tf1 diffusée hier soir, « For Ever », avec un lookslike de Holmes avait atteint un record de médiocrité qui mettra du temps à être égalé) m’a laissé le loisir de me lancer sans la découverte du texte en VO malgré mes faiblesses en grand breton!

    Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler… mais j’ai été bluffée et bien piégée moi aussi! 🙂 Une lecture agréable et une chute… vertigineuse!

    Merci encore pour cette pépite! 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. J’avais découvert ce texte dans « Des choses fragiles » et j’avais énormément aimé. Je connais peu Lovecraft mais j’avais trouvé que la fusion des deux univers était sacrément bien fichue. Et comme tu le dis, le twist final est brillant ! Mon livre préféré de Gaiman reste « L’étrange vie de Nobody Owens » parce que c’est un texte simplement écrit, très beau, qui m’a énormément touchée. Je te le recommande !

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    • Méloë dit :

      Je n’ai pas lu ‘Nobody Owens’ mais son thème me tente beaucoup et cela fait des années que j’ai envie de le lire. Tu me donnes envie de le faire remonter en haut de la liste !

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  4. Dorothée dit :

    J’ai commencé à m’intéresser à Lovecraft il y a peu (enfin, il y a longtemps, mais à lire il y a peu) et je t’assure que pour l’instant (juste quelques nouvelles lues), l’univers de Lovecraft ressemble à celui de Holmes, on est dans la réalité et brusquement, la chute de la nouvelle transforme toute l’histoire, c’est simplement brillant… Et comme J’adore Gaiman, je pense que je vais adorer ce texte (et je viens de mettre l’anthologie dans ma liste à lire 😉 ).

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  5. belette2911 dit :

    Mince, elle n’existe que en anglais ?? Je voulais me faire attraper moi aussi ! 😛

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  6. sheherazade2000 dit :

    mon avis est nettement moins positif que le tien – je ne suis pas du tout entrée dans cette histoire, je n’ai apprécié que le rebondissement final

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