La méthode policière de Sherlock Holmes (2/3) – Edmond Locard

Edmond locard, la méthode policière de Sherlock Holmes 2/3

La méthode policière de Sherlock Holmes, partie 2…

Edmond Locard, directeur de la police scientifique de Lyon, poursuit ici son exposé sur La Méthode policière de Sherlock Holmes, s’intéressant tout particulièrement aux techniques d’investigation du détective.

L’avis du consulting blogger…

Il y a plus d’un an que je publiais un billet au sujet de la première partie de ce texte d’Edmond Locard. Je faisais alors le vœu pieux de chercher et lire la suite sans tarder. Aheum… Entre temps, d’autres documents ont attiré mon attention, le quotidien s’est mêlé de la partie et les mois ont filé plus vite que je ne l’imaginais ! Pourtant, ce texte s’est révélé largement aussi intéressant que le précédent et je regrette presque de tant l’avoir fait patienter !

Anybref, si la première partie de ce exposé constituait une sorte d’introduction générale à la place occupée dans la société française par les héros de la littérature populaire en général et au modèle de l’enquêteur représenté par Sherlock Holmes, en particulier, nous entrons ici directement dans le vif du sujet. A savoir, une analyse méthodique et détaillée de la démarche investigatrice de Holmes.

Edmond Locard considère, de façon tout à fait justifiée à mon sens, que la démarche holmésienne peut être découpée en deux étapes : tout d’abord une phase d’observation (où le détective joue un rôle de technicien, relevant au moyen de diverses méthodes et techniques tous les indices à sa disposition), puis une phase de déduction (où le détective a un rôle de logicien, ses petites cellules grises étant mises à profit pour tirer des conclusions sur la base des observations précédemment menées).

Cette méthode en deux temps est selon lui ce qui caractérise Holmes et fait de lui un si bon enquêteur car il est savant autant qu’habile. C’est pour cette raison que Locard admet qu’il surpasse largement Lecoq et Dupin. Il va donc suivre ce même découpage dans son analyse et c’est plus particulièrement la phase d’observation qui est au cœur de cette partie.

Et c’est non sans humour qu’il procède à cette analyse, nous invitant à dépasser l’extérieur théâtral (quelqu’un a dit drama queen ?) de la démarche de Holmes pour se concentrer sur les faits eux-mêmes et extraire la technique pure de tout l’enrobage littéraire qui l’accompagne.

Le détective amateur se reconnait de nos jours à deux signes : il a sur le terrain l’allure avantageusement romantique de Sherlock, et il ne trouve jamais rien.

Et oui, Sherlock Holmes a du succès et inspire beaucoup de monde mais encore faut-il savoir considérer son comportement avec un regard critique. Edmond Locard en est capable car il applique ces méthodes au quotidien, en a développé certaines lui-même, et sait donc ce qui, à ce moment là, est possible et ne l’est pas. Son admiration palpable pour le personnage ne l’empêche d’avoir un regard très lucide sur la description de ses aventures et c’est ce qui rend son point de vue particulièrement intéressant.

Ainsi, il n’hésite pas à souligner ce qui lui semble incorrect ou perfectible dans la démarche holmésienne. Il insiste par exemple sur l’absence de connaissances de Holmes sur les empreintes digitales, lacune incompréhensible selon lui au vu de l’époque et de l’importance capitale de celles-ci dans la résolution rapide et sans équivoque de certaines affaires.

Ce qui est vraiment intéressant c’est qu’il remet le tout dans le contexte des techniques policières et connaissances scientifiques de l’époque sans anachronisme comme pourrait être tenté de le faire un auteur actuel. C’est une lecture à mettre en parallèle avec l’ouvrage d’E.J. Wagner, par exemple, qui propose un tour d’horizon certes beaucoup plus complet de ces méthodes mais aussi parfois biaisé par la distance qui existe entre l’auteure et la période qu’elle décrit.

Sa démarche est également très méthodique. Il procède à un exposé exhaustif des méthodes et techniques développées ou utilisées par Sherlock Holmes au fil de ses enquêtes, appuyant ses explications par de larges extraits du Canon. Empreintes, taches, traces : tout ce que l’auteur d’un crime ou délit laisse derrière lui est évoqué et je ne sais pas si en 1922 il avait déjà énoncé son fameux principe d’échange (je n’en ai pas trouvé la date exacte) mais on le voit ici entre les lignes, guidant son analyse de la méthode holmésienne.

Il ne perd pas pour autant de vue que certaines réussites de Holmes ne sont possible qu’en littérature et difficilement applicables telles quelles. Mais il reconnait que souvent elles ont ouvert la voie et on les retrouve appliquées différemment certes mais bien inspirées par le Maître dont il dit d’ailleurs dans les derniers paragraphes :

Son cerveau contient, à une époque ou nul spécialiste n’avait écrit de traité, la première synthèse de la technique policière.

En bref…

Si je suis ravie de cette découverte digitale, inutile de vous préciser que je rêve de mettre un jour la main sur les exemplaires originaux… Et c’est promis, j’attendrais beaucoup moins longtemps avant de me plonger dans la dernière partie de ce texte !

La méthode policière de Sherlock Holmes : partie 1, partie 3

lire le texte en ligne sur Gallica

Infos : ‘La méthode policière de Sherlock Holmes’, partie 2, de Edmond Locard. Article publié dans La revue hebdomadaire le 18 février 1922.

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11 commentaires sur “La méthode policière de Sherlock Holmes (2/3) – Edmond Locard

  1. Ida dit :

    Bonjour Méloë

    c’est amusant cette coïncidence temporelle car dans le reportage rediffusé sur Arte consacré à l’impact de Sherlock Holmes dans la culture moderne (et encore visible quelques jours sur Arte Replay – elle radie Mamie Ida… elle radote! 🙂 ) et bien ils expliquaient dans une séquence comment Locard s’était inspiré des écrits de Conan Doyle.

    C’est un ouvrage bien rare que vous avez là! Je ne sais pas s’il existe des rééditions récentes dans le commerce… en même temps… j’ai moi aussi tellement de choses à lire sur le feu que je n’envisage pas de me lancer dans un tel monument historique!

    merci pour ce billet instructif

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    • Méloë dit :

      Il s’agit de revues qui n’ont pas été rééditées à ma connaissance. Heureusement, la BNF numérise chaque jour un peu plus de ces pépites aujourd’hui presque introuvables !

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  2. jpb55 dit :

    Je ne suis pas convaincu de la supériorité de Holmes sur Dupin … Si Poe avait eu la chance – ou le désir – d’écrire un peu plus sur son personnage , il est bien possible qu’on en aurait une toute autre idée …
    Dupin , c’est 3 histoires … les 3 premières sorties de Holmes n’annoncent pas le personnage qu’il deviendra ! Si Poe avait écrit 50+ aventures de Dupin , alors là !!!

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    • Ida dit :

      Avec des si on mettrait Paris en bouteille, non? 😉

      Que serait-il advenu de Dupin par rapport à Holmes si Poe avait davantage prêté d’aventures a son personnage? On ne le saura jamais.

      Notez tout de même que la première apparition de Holmes n’est pas une simple nouvelle mais un roman (Une étude en rouge)… alors que la première apparition de Dupin dans le double assassinat rue Morgue est moins développée. Mais… j’avoue ne pas être une spécialiste de Dupin. Peut être est il apparu dans un roman plus long?

      Cela étant le succès des aventures de Holmes ne tient pas qu’à son personnage et à ses capacités de déduction. L’atmosphère dans laquelle il évolue… les idéaux d’une époque dont il est l’incarnation… les autres personnages récurrents… le fait qu’à côté de ses capacités intellectuelles prodigieuses Holmes se voit affublé de quelques travers très finement amenés et développés ce qui lui confère une densité psychologique rare pour un personnage de fiction… c’est ce cocktail là qui séduit ses lecteurs… sans compter la façon dont Conan Doyle mène ses histoires.

      Je n’ai pas pour ma part un souvenir inoubliable de Dupin que je trouvais très narcissique et un peu pénible sur ce plan là. Mais bon… Je l’ai lu il y a longtemps… ça mériterait que je me rafraîchisse la mémoire… je vais aller y rejeter un oeil! 😉

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      • Méloë dit :

        Tout d’abord, ce qui m’a amusée ici c’est la façon dont Locard prend le parti de Holmes et argumente ainsi sérieusement sur des détectives de fiction, plus que le côté pour lequel il penche.

        Ensuite, je dois dire que si j’ai une admiration et une affection toutes particulières pour le Chevalier Dupin, je rejoins assez le premier argument d’Ida : en l’état et quelles qu’aient été les intentions de Poe à son sujet, nous ne disposons que de 3 récits mettant en scène le Chevalier. C’est donc sur ce qui existe et non ce qui aurait pu être que je préfère baser mon appréciation (toute personnelle, je le reconnais). Ainsi, Sherlock Holmes, personnage qui a eu le temps d’être développé a ma préférence.

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  3. belette2911 dit :

    Certes, la fiction aura toujours des avantages sur la réalité, mais il est quand même dit que Holmes avait une longueur d’avance sur les autres à cette époque là… Même si le coup du « gros crâne, gros cerveau, donc intelligent » n’est pas crédible !! 😀

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    • Méloë dit :

      Tu sais « gros crâne = gros cerveau = intelligent » était une équation fort couramment admise à l’époque (et encore assez récemment), même parmi les scientifiques. Même cela, on ne peut pas vraiment le reprocher à Holmes ^^

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      • belette2911 dit :

        Non, c’était la manière de penser de l’époque… Lorsque Ambroise Paré a parlé d’organismes tout petits responsables des maladies, on s’est ri de lui…

        Non, Holmes ne pouvait pas avoir des longueurs d’avance sur tout ! Mdr

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      • belette2911 dit :

        Remarqué aussi, à cette époque littéraire, que les méchants avaient tous des mines patibulaires, comme si le Mal les avait transformé… Comme si le méchant ne pouvait avoir un visage « normal » 😀

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        • Méloë dit :

          Beaucoup plus proche de nous : as-tu vu la tête que l’on fait aux méchants dans les dessins-animés et ouvrages pour la jeunesse en général ? Il nous reste des relents de cette époque dans pas mal d’aspects de la culture populaire.

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          • belette2911 dit :

            Oui, ils ont les gueules de l’emploi ! Et ça reste… tu croises une sale gueule et tu serres ton sac contre toi, alors que tu ne te méfies pas de tes banquiers, bien habillés, mais des voleurs en puissance !!

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