La science de Sherlock Holmes – E.J. Wagner

La science de Sherlock Holmes - E.J. Wagner

La science de Sherlock Holmes…

Le Maître en est persuadé : la science a un rôle crucial à jouer dans le système judiciaire… Qu’il se mêle de poison, de cendres de tabac ou de traces de pneus, le célébrissime détective fait en effet preuve d’un véritable esprit scientifique.

Cet ouvrage explore cet aspect fascinant de sa carrière, en montrant combien ses enquêtes reposaient sur les dernières découvertes scientifiques de l’époque. Il constitue ainsi une introduction aux différents domaines de la police scientifique, de la médecine légale à l’expertise des écritures, en passant par la balistique, l’analyse des empreintes digitales ou la toxicologie.

Une postface de Patrick Rouger, coordinateur de Police technique et scientifique, nous présente les outils que la police scientifique actuelle mettrait à la disposition de Sherlock Holmes s’il revenait enquêter au XXIe siècle.

L’avis du consulting blogger…

La criminalistique est un domaine aux très nombreuses facettes qui me fascine d’aussi loin que je me souvienne. Dès lors comment résister à un essai de 221 pages (dans l’édition française) qui présente l’histoire de cette discipline sur la base des enquêtes et méthodes d’investigation de Holmes ? Cet ouvrage me tentait depuis sa sortie et même si j’ai mis fort longtemps à le découvrir, c’est un véritable coup de cœur en ce début d’année.

Comme dans le Canon, tout débute par Une étude en rouge et la rencontre entre Holmes et Watson dans un des laboratoires de l’hôpital St Bart’s. C’est seulement après cette introduction que la leçon d’histoire débute. Et si d’explication scientifique en anecdote historique, E.J. Wagner s’éloigne régulièrement du monde holmésien, elle n’oublie jamais d’y revenir.

Ainsi, chaque chapitre débute et se termine par une allusion au Canon, qu’il s’agisse d’une citation directe de Holmes ou de l’évocation d’une affaire au cours de laquelle il a mis en oeuvre une technique particulière. Et si ces évocations ne sont bien souvent qu’un prétexte pour aborder une grande variété de sujet, elles parviennent tout de même à plonger le lecteur dans une ambiance particulière, délicieusement romantique.

Autopsies, analyses toxicologiques, anthropométrie… tous les domaines qui ont concouru à la naissance de la criminalistique sont tour à tour évoqués par E.J. Wagner. Le tout est illustré de très nombreuses anecdotes, certes véridiques mais qui ont l’air tout droit sorties du Canon ou d’un roman victorien à sensation, rendant le récit extrêmement vivant. J’ai même dévoré l’ouvrage pratiquement d’une traite, aussi captivée que s’il s’agissait d’un roman à suspense.

Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant c’est qu’E.J. Wagner prend le temps de comparer les méthodes mises au point en Europe occidentale et dans le monde anglo-saxon. Elle met en avant les différences de cadre légal et de mode de pensée qui ont conduit à des développements parallèles d’une même discipline.

Le contexte occupe toujours une place très importante dans ses explications et j’ai énormément apprécié qu’elle ne se cantonne pas à un seul pays, comme cela a malheureusement pu être le cas dans un récent documentaire télévisé sur l’histoire des poisons (documentaire fort intéressant au demeurant).

J’ai également beaucoup aimé l’usage d’un vocabulaire technique précis mais jamais pédant tout au long de l’ouvrage. C’est une autre preuve de rigueur de la part d’E.J. Wagner que j’ai appréciée à sa juste valeur. Cela donne quelque chose de très fluide, très agréable à lire… à condition de ne pas être trop délicat.

En effet, certains détails et anecdotes sont décrits de façon assez explicite. Mais il fallait s’y attendre au vu du thème de l’ouvrage et j’ai par ailleurs beaucoup aimé les petites touches d’humour noir de salle d’autopsie qui émaillent régulièrement le texte sans sombrer dans la vulgarité.

En revanche j’ai été assez surprise par le portrait pas très flatteur que l’auteure brosse d’Alphonse Bertillon. C’est vrai que mes professeurs n’ont jamais particulièrement insisté sur la question en cours mais je ne m’attendais vraiment pas à ce que j’ai découvert entre ces pages. J’avais jusque-là une image beaucoup plus reluisante de l’homme et de ses travaux et cette description m’a interpellée et m’a donné envie d’en savoir plus pour me forger ma propre opinion.

Je compte d’ailleurs allègrement piocher dans la copieuse bibliographie donnée en fin d’ouvrage pour approfondir certains sujets (même si j’ai été surprise d’en voir certains auteurs, comme Edmond Locard, absents…).

Enfin, j’ai beaucoup aimé la postface, visiblement spécifique à l’édition française et rédigée par Patrick Rouger (ancien directeur de la police technique et scientifique), qui avant le succès des séries Sherlock et Elementary, imagine quelle serait la démarche de Holmes et les outils qu’il aurait à sa disposition s’il enquêtait de nos jours. 

Alors que dans le Canon, on le voit toucher un peu à tous les domaines de la criminalistique selon son inspiration et ses besoins, on assiste aujourd’hui à une fragmentation des tâches par spécialités. Holmes ne pourrait plus maîtriser lui-même tous les domaines évoqués et devrait lui-même faire appel à une galerie de consultants, ce qui ne manque pas d’ironie, à  mon goût.

J’ai aimé cette postface parce qu’elle a été rédigée par un professionnel qui utilise au quotidien les outils de la criminalistique. Il en connaît les avantages et les limites et s’il évoque longuement les possibilités offertes par l’étude de l’ADN, par exemple, il sait également où son rôle dans une enquête s’arrête. Il remet l’ADN à sa place parmi l’ensemble des autres informations disponibles sur la scène d’un crime et c’est cela qui est intéressant.

D’ailleurs, son discours n’a pas manqué de me faire penser à un ouvrage lu l’an dernier pour les cours : ADN superstar ou superflic ? (très accessible et à lire absolument pour en savoir plus sur cette molécule, comprendre les informations qu’elles contient vraiment et considérer fictions et offres commerciales qui la mettent en avant avec un peu plus de sagesse).

En bref…

Un essai rigoureux et captivant, qui étudie l’histoire de la criminalistique sous l’éclairage du Canon holmésien et se dévore comme un roman !

E.J. Wagner : site officiel

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Infos : La science de Sherlock Holmes : les débuts de la science criminelle de E.J. Wagner. Titre original : The Science of Sherlock Holmes. Publié le 18 octobre 2011 par les éditions Le Pommier. 260 pages. Edition papier : 22€.

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10 commentaires sur “La science de Sherlock Holmes – E.J. Wagner

  1. SKTV dit :

    Ajouté à ma liste d’envies sur Amazon, ça a vraiment l’air passionnant ! Et j’ai partagé ton article sur ma page FB. Ah les fameuses « monographies » de Sherlock Holmes, scrupuleusement citées dans « Elementary », par exemple ! J’ai moi aussi beaucoup apprécié la somme de Catherine Bourgain et Pierre Darlu sur l’ADN Superstar ou Superflic, du coup, je la mets en lien sous mon nom, si tu as envie d’aller y faire un tour…
    Merci pour cette découverte, j’en ferai bon usage !

    Aimé par 1 personne

  2. Dorothée dit :

    Mon cher Lupin avait allègrement ridiculisé Bertillon, alors, je ne suis pas surprise… Je ne connais pas le système en détails, mais mesurer les oreilles des prévenus, et la longueur du nez… je suis un peu sceptique (je sais, je réduis un peu, mais bon)… Voici un livre qui fait frétiller ma pal ! 🙂

    Aimé par 2 people

    • Méloë dit :

      En même temps, c’est la façon dont tout le monde envisageait l’anthropométrie à l’époque, pas seulement lui et il avait au moins le mérite d’avoir une démarche scientifique, répétable et comparable. Il a aussi proposé un classement qui n’existait pas avant et même s’il n’était pas parfait il avait au moins la démarche de vouloir faciliter l’arrestation des récidivistes. Bref, je trouve un peu facile de la part d’E.J. Wagner de le critiquer aujourd’hui avec les connaissances et moyens dont nous disposons. C’est un peu anachronique, je trouve comme procédé.

      Après ça n’empêche aucunement qu’il n’était peut-être ni très finaud ni très agréable à vivre mais je pense que son caractère et son travail sont deux choses très différentes à ne pas juger sur le même plan.

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  3. belette2911 dit :

    Lu et adoré !! 😉

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  4. Ida dit :

    En effet ce livre doit être passionnant pour les férus de sciences criminalistiques et mordus par le virus Sherlock Holmes. Merci de nous l’avoir fait découvrir.

    Aimé par 1 personne

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