L’horreur du West End – Nicholas Meyer

L'horreur du West-End - Nicholas Meyer

L’horreur du West End…

Londres, 1895. Alors qu’un critique théâtral vient d’être assassiné, George Bernad Shaw, le célèbre dramaturge irlandais, fait appel aux services de Sherlock Holmes pour résoudre le mystère.

Mais le criminel n’a pas fini de sévir dans le West End, quartier des théâtres londoniens, réputé pour sa frivolité. Pour Sherlock Holmes, c’est élémentaire, un maniaque rôde et il faut à tout prix le démasquer.

L’avis du consulting blogger…

Souvenez-vous, il y a bientôt 2 ans, je vous parlais d’un autre roman de Nicholas Meyer. Un pastiche confrontant Holmes et Erik qui, à l’époque, ne m’avait pas vraiment convaincue, en raison de son manque d’originalité. Le temps a passé et j’ai eu envie de donner une nouvelle chance à l’auteur à l’occasion de la réédition par Archipoche de ce manuscrit inédit du Docteur Watson. 

Bilan, si je n’ai toujours pas été subjuguée, j’ai largement préféré ce volume au précédent et j’ai même eu un mini coup de cœur pour un détail du roman que je prendrai le temps d’évoquer un peu plus loin.

Comme dans Sherlock Holmes et le Fantôme de l’Opéra, Nicholas Meyer démarre son récit par une préface visant à expliquer au lecteur l’origine de ce manuscrit supposé être de la plume du Docteur Watson et pourquoi il a pris la décision de le publier.

Le procédé n’est pas particulièrement original mais le fait est qu’il a quelque chose de familier lorsque l’on a l’habitude de lire des pastiches. J’aime personnellement beaucoup ce type d’introduction où l’auteur nous demande de jouer le jeu avec lui, le temps de notre lecture.

Ainsi, une fois de plus Nicholas Meyer n’est que l’éditeur et le passeur d’un texte longtemps resté ignoré du grand public. Je trouve un certain côté romantique à la démarche et je ne m’en lasse jamais vraiment.

Si, en l’occurrence, je n’ai pas été particulièrement convaincue par l’authenticité du récit proposé (j’y reviendrai), j’ai aimé la façon dont Nicholas Meyer se met ainsi en scène, tout comme j’ai apprécié les notes en bas de page qu’il glisse au fil du texte.

Celles-ci ne sont pas toujours très pertinentes dans la mesure où les informations qu’elles apportent sont souvent superflues ou injustifiées mais elles sont suffisamment discrètes pour ne pas alourdir la lecture et surtout malgré toute la maladresse avec laquelle elles sont parfois rédigées, elles appuient le rôle d’éditeur que s’est attribué Nicholas Meyer.

Elles fonctionnent de pair avec la préface et donnent une certaine cohérence à l’ensemble. Je pense qu’en l’occurrence j’aurais pu m’en passer mais j’aime l’idée que Meyer ait joué le jeu jusqu’au bout.

Pour ce qui est maintenant du récit en lui-même, Nicholas Meyer nous plonge une fois dans l’univers des théâtres mais nous propose cette fois-ci, une intrigue totalement originale. C’est un point que j’ai énormément apprécié, après avoir lu Sherlock Holmes et le Fantôme de l’Opéra.

L’enquête menée par Holmes n’est pas particulièrement palpitante mais le fait est que l’on tourne les pages sans se forcer afin de suivre son raisonnement. C’est d’ailleurs la façon dont le consulting detective mène cette enquête qui me fait douter de l’authenticité du texte.

S’il ne manque pas de faire quelques déductions pertinentes, je l’ai trouvé un peu lent et se démarche désorganisée. Comme si le froid sévissant alors à Londres, couplé à l’ennui des jours précédents avait quelque peu engourdi son esprit. Il s’intéresse à des suspects dont il est convaincu de l’innocence simplement pour passer le temps et parce qu’il ne sait comment progresser et laisse pratiquement Watson diriger leurs investigations.

Si j’ai apprécié que ce dernier ne soit pas représenté comme un crétin fini, ce qui est le défaut d’un certain nombre de pastiches et d’adaptations, je ne l’ai pas vraiment trouvé à sa place non plus. Ses réflexions, hypothèses et déductions prennent une place énorme dans le récit et l’on a régulièrement l’impression que Holmes se laisse simplement porter par les événements.

Quant au dénouement de toute l’affaire, là encore j’ai trouvé que cela manquait un poil d’authenticité. Non seulement je n’ai pas particulièrement adhéré aux explications avancées mais en plus, j’ai trouvé que tout cela manquait de peps au vu de la menace censée peser sur Londres. Je n’ai pas senti nos personnages particulièrement fébriles de retrouver le coupable et de mettre un terme à l’affaire.

La confrontation finale m’a semblé longuette, sans rythme et pas très crédible non seulement sur le plan du réalisme pur (SPOILER : autant j’ai un faible pour les textes mettant en scène la peste, autant là plusieurs petits détails m’ont fait tiquer) mais aussi par rapport au Canon holmésien. Une fois de plus, je n’ai pas été convaincue par le comportement de Holmes.

Mais assez râlé, il est enfin temps d’évoquer avec vous les deux points qui m’ont tout particulièrement plu dans ce récit.

Tout d’abord, ce que j’ai énormément aimé c’est la présence entre ses pages de quelques figures emblématiques de la scène littéraire et culturelle britannique en cette fin de siècle. Nicholas Meyer choisit de faire intervenir un nombre limité de personnage et le rôle de chacun dans l’histoire est justifié.

De même, je trouve que l’histoire réelle de chacun s’intègre plutôt bien à l’histoire fictive relatée. Pas de digressions qui tiendraient plus de la biographie que du roman, pas de théâtralisation outrée des personnages mais juste quelques figures connues que l’on prend plaisir à côtoyer plus ou moins longuement.

George Bernard Shaw, un personnage visiblement haut en couleur, est ici celui qui occupe le rôle le plus important puisque c’est lui qui confie l’enquête à Holmes et qu’il en suit attentivement les développements.

C’est un personnage dont je ne connaissais que quelques citations célèbres avant d’entamer ma lecture et si je ne l’ai pas trouvé particulièrement sympathique, partageant assez les sentiments du Docteur Watson à son sujet, j’ai beaucoup aimé l’idée de faire ainsi sa connaissance.

D’ailleurs, je dois maintenant absolument lire son Pygmalion, puisqu’un des personnages y est un excentrique célibataire capable de déterminer l’origine de son interlocuteur d’après sa façon de s’exprimer. Pour le coup, voilà une note en bas de page que j’ai trouvée fort pertinente et qui a éveillé ma curiosité !

Bram Stoker, alors en pleine écriture de Dracula, et Oscar Wilde occupent, quant à eux, des rôles beaucoup plus passagers. J’ai tout particulièrement apprécié cette dernière rencontre car Oscar Wilde est un personnage pour lequel j’éprouve une grande admiration et une grande affection depuis longtemps.

Il est ici d’autant plus touchant que nous sommes à l’aube de son procès. Et si l’on est ici bien loin de ce que peut par exemple nous proposer Gyles Brandreth (où pour le coup, si j’adore le résultat, les lourdeurs biographiques abondent), cette rencontre a été une petite pépite pour moi.

Ces grands personnages sont en grande partie responsables du charme qu’exerce sur moi l’époque victorienne et combien de fois ais-je imaginé pouvoir les rencontrer, leur parler… Alors forcément j’ai été séduite par cet aspect du roman.

Mais aussi agréables qu’aient été ces rencontres, je réserve mon coup de cœur à un personnage beaucoup moins célèbre… Il s’agit de Achmet Singh, un jeune Indien, accusé à tort des deux meurtres, principalement en raison de sa couleur de peau. Sherlock Holmes, évidemment réalise immédiatement que le jeune homme est innocent et va se battre pour prouver son innocence.

Si j’ajoute que ce jeune homme est atteint d’une si forte myopie qu’il est physiquement impossible pour lui d’avoir commis ces meurtres, cela devrait commencer à éveiller une petite lueur dans votre esprit… En effet, comment ne pas faire le lien entre l’histoire de ce jeune homme et celle de George Edalji, lui aussi accusé à tort d’avoir commis un certain nombre de crimes (mutilations d’animaux et envoi de lettres obscènes) et défendu par Arthur Conan Doyle ?

Avec cette réédition prenant place au moment-même où ITV diffuse une adaptation du roman Arthur & George, je ne sais pas s’il s’agit d’une coïncidence (je l’imagine en tous cas) mais je trouve le timing assez parfait. Je ne m’attendais pas du tout à découvrir cet épisode intégré au récit et cela a été une excellente surprise.

D’autant plus qu’à quelques mois près, je serais sans doute totalement passée à côté de la signification de cet épisode. Pour le coup, Nicholas Meyer n’intervient à aucun moment pour nous signaler l’affaire bien réelle ayant inspiré cette péripétie de l’histoire et c’est un peu dommage parce que c’est un point essentiel du roman, à mes yeux. Cette découverte inattendue a vraiment illuminé ma lecture et c’est sur cette note extrêmement positive que j’ai tourné la dernière page.

En bref…

Un pastiche divertissant qui offre au lecteur la possibilité de rencontrer quelques grandes figures littéraires de l’époque victorienne. Je suis maintenant très curieuse de découvrir le dernier roman holmésien de l’auteur : un pastiche ayant visiblement énormément marqué les esprits : La solution à 7%.

Sherlock Holmes par Nicholas Meyer : Sherlock Holmes et le Fantôme de l’Opéra

Nicholas Meyer : site officiel

Archipoche : site officiel, Facebook, Twitter

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Infos : L’horreur du West End de Nicholas Meyer. Titre original : The West End Horror. Traduction de Dominique Maisons. Sorti le 4 mars 2015 chez Archipoche. 350 pages. Edition numérique : 5€99 – édition papier :7€65.

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7 commentaires sur “L’horreur du West End – Nicholas Meyer

  1. belette2911 dit :

    Trop loin dans ma mémoire pour me souvenir de l’explication de fin, et puis, entre mes 15 ans et mes… heu… deux fois 15 ans, il y a un ravin !! Je ne le trouverais peut-être plus super si je le relisais… 😉

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  2. Ida dit :

    Hello Méloê
    et merci pour votre commentaire que j’attendais de pieds ferme.
    Je suis assez d’accord avec vous sur la façon dont les personnages réels sont intégrés à l’histoire. Pourtant comme je vous l’avez déjà dit c’est souvent un gros risque. Là il a été bien négocié. D’autant que l’auteur intègre l’imminence du procès Wilde (en 1895 exactement alors… pourquoi met il en doute la date du déroulement de l’action dans son introduction?).
    Ma déception a surtout été de voir Watson, médecin de son état passer à côté de l’évidence qui s’offrait à lui et au lecteur dès la moitié du livre pour comprendre le noeud du problème… et de voire le génial Holmes ne comprendre qu’à la fin… là on est loin de la sagacité du héros du canon! Dans le canon la nouvelle aurait fait trois fois moins de pages! 😀
    A bientôt

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    • Méloë dit :

      La chronologie du Canon est sujet à nombreux débats (passionnants au demeurant). Je pense donc que l’auteur a voulu jouer là-dessus mais effectivement ça n’était pas nécessairement pertinent dans ce cas précis.

      C’est vrai que l’intrigue aurait été plus palpitante et aurait d’avantage mis en avant les talents de notre duo si elle avait été plus resserrée : un ‘vrai’ format nouvelle en quelque sorte.

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  3. sheherazade2000 dit :

    toujours dans ma pal holmésienne, en VO – encore à lire 😉

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    • Méloë dit :

      Bonne future lecture, alors 🙂 Je serais curieuse d’avoir ton avis sur la vo car comme l’a souligné Ida dans un précédent commentaire, certaines tournures semblent un peu anachroniques. Alors erreur d’origine ou liée à la traduction… ?

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