Une aventure inédite de Sherlock Holmes retrouvée chez un particulier

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Photo ©SWNS

Walter Elliot, un historien britannique de 80 ans, a mis au jour une nouvelle inédite d’Arthur Conan Doyle, mettant en scène Sherlock Holmes. Une telle découverte ne s’était pas produite depuis 80 ans.

Une découverte exceptionnelle…

Voilà en tous cas, ce que nous disait la presse, vendredi dernier.

Ce texte, intitulé ‘Sherlock Holmes: Discovering the Border Burghs and, by deduction, the Brig Bazaar‘ fait partie d’un recueil de nouvelles, publié en 1903 à l’occasion d’une vente de charité.  Cette vente avait été mise en place dans le but de financer la reconstruction d’un pont détruit à l’occasion d’une grave inondation, survenue à Selkirk (Ecosse) en 1902.

La vente de ce recueil, intitulé The Book o’ the Brig, devait permettre de collecter des fonds pour la reconstruction du pont. Arthur Conan Doyle, familier des lieux, a participé à l’opération en inaugurant la vente et en écrivant un texte inédit pour le recueil.

Walter Elliot a reçu l’ouvrage d’un ami, il y a plus de cinquante ans mais avait totalement oublié son existence et ne s’y est finalement intéressé que tout récemment, découvrant ainsi cette nouvelle inédite mettant en scène Sherlock Holmes, parmi les autres textes.

Le recueil contenant la nouvelle est désormais exposé au Cross Keys Selkirk Pop-up Community Museum.

Remise en question…

Cette nouvelle, un peu extraordinaire, de la découverte fortuite d’une aventure inédite de Sherlock Holmes est tombée vendredi dernier… avant de soulever nombre de questions quant à son auteur réel.

En effet, s’il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une aventure inédite du détective, il est bien moins certain que le texte ait réellement été rédigé par Arthur Conan Doyle. Il pourrait vraisemblablement s’agir d’un simple pastiche anonyme, rapidement tombé dans l’oubli après sa publication.

La question n’est pas encore tranchée et nul doute que plusieurs articles sur le sujet vont paraître au sein des milieux holmésiens dans les prochains jours. Qui peut d’ailleurs dire si l’on fera un jour toute la lumière sur cette affaire ? Dans tous les cas, je vous propose de voir ensemble quelques arguments et pistes de réflexions soulevés dès l’annonce de la nouvelle.

Au fil des années, Arthur Conan Doyle a écrit quelques textes mettant en scène Sherlock Holmes sans que ceux-ci ne fassent partie du Canon. Il s’agissait généralement de courtes nouvelles qu’il publiait en faveur de diverses ventes de charité. Sherlock Holmes était alors un personnage célèbre et aimé du public qui était sûr d’attirer les donateurs. Ainsi, je vous avais présenté, il y a quelques temps, l’un de ces textes : The Field Bazaar, publié en 1906. J’avais été très touchée par cette courte scène de déduction qui avait définitivement une saveur canonique.

Force est de reconnaître que la situation est bien différente avec la nouvelle récemment retrouvée. Elle m’a laissé une impression assez étrange à la lecture : la voix et les propos prêtés aux personnages, l’introduction des faits, certains détails formels… rien ne me semblait vraiment ‘coller’ à ce à quoi j’étais habituée.

J’en étais là de mes réflexion, me demandant comment vous présenter la chose et renonçant à le faire dans l’immédiat, lorsque je suis tombée sur les premières remises en question de la chose. Ainsi, je n’étais pas la seule à me poser des questions sur ce texte.

Les arguments avancés par Mattias Boström…

Je pense tout particulièrement à un article de Mattias Boström, BSI (« The Swedish Pathological Society »), posté le jour-même sur IHOSE. et je vous propose de découvrir les principaux arguments qu’il avance :

  • Tout simplement, à aucun endroit dans le recueil, Arthur Conan Doyle n’est mentionné comme l’auteur de ce texte. Certes, l’argument en lui-même n’est pas suffisant et il va falloir examiner d’autres indices, mais cette première observation, élémentaire, n’en est pas moins primordiale. Ainsi, rien n’indique clairement l’auteur du texte dans le livret. Certes il s’agit d’un texte mettant en scène Sherlock Holmes, certes Arthur Conan Doyle a participé à l’événement (il a même fait un don généreux pour la reconstruction du pont) et son nom figure ailleurs dans le recueil mais rien ne lie réellement les deux éléments, si ce n’est une conclusion hâtive, effectuée des années après les faits et explicable par l’enthousiasme parfois un peu aveuglant que peut provoquer une telle découverte. Le genre de faux-pas contre lequel Holmes n’a de cesse de nous mettre en garde 😉
  • Lorsque le nom de Sherlock Holmes apparaît, il est entouré de guillemets. Une particularité qui n’apparaît à aucun moment dans le Canon mais qui est en revanche très fréquente dans la presse et par laquelle les journalistes soulignent le caractère fictionnel du détective. Ainsi donc, il ne s’agirait pas d’une aventure originale mais de la prose d’un imitateur extérieur et pour qui Sherlock Holmes est un personnage imaginaire. Les guillemets tendent à indiquer que pour l’auteur de ce texte Holmes est une création, un concept qu’il ne fait que reprendre temporairement.
  • Au moment de la vente de charité, Arthur Conan Doyle était en pleine campagne politique dans la région (il était le candidat unioniste pour les Border Burghs). Il avait également donné une lecture publique de quelques extraits de Rodney Stone et du Brigadier GérardL’événement a longuement été rapporté dans la presse locale de l’époque, or à aucun moment dans l’article, n’est mentionnée la publication à venir de cette nouvelle inédite. Pourtant, à ce moment là, le Strand publie justement des aventures inédites de Sherlock Holmes qui rencontrent un franc succès auprès du public. Pourquoi donc taire l’existence de ce texte, argument pourtant certain d’attirer le public à la vente de charité ?
  • De même, lorsque quelques jours plus tard, la presse dédie un article spécifique à la publication des divers livrets (au nombre de trois) qui seront mis en vente à l’occasion de la vente de charité, à aucun moment Arthur Conan Doyle n’est mentionné comme l’auteur de l’un des textes. Il n’est pas d’avantage mentionné dans l’encart publicitaire présentant le recueil contenant la nouvelle en question. Or quel publicitaire se priverait d’un tel argument de vente ? L’encart précise par ailleurs que les auteurs des divers textes sont exclusivement des personnalités locales ou natives de la région des Scottish Borders, ce qui n’est pas le cas d’Arthur Conan Doyle.
  • Enfin, le texte mettant en scène Sherlock Holmes est annoncée comme une interview faisant suite à deux autres entretiens publiés spécialement pour la vente de charité. Ces trois textes sont présentés ensemble, suivant un même schéma. Le texte mettant en scène Sherlock Holmes, s’il s’agissait d’une nouvelle d’Arthur Conan Doyle aurait sans doute était placé et présenté différemment : en tant que nouvelle justement, et non comme une interview. Il semble donc raisonnable que ces trois textes présentés ensemble aient le même auteur.

Quelques réflexions personnelles…

Je vous propose maintenant de découvrir quelques arguments personnels : de petites choses qui m’ont fait tiquer au cours de ma lecture. Je ne suis vraiment pas une experte et mes observations sont peut-être très simplistes mais j’en envie d’apporter ma modeste contribution personnelle à la question.

  • Tout d’abord, le texte démarre sur une introduction très étrange. Le narrateur est clairement le rédacteur de plusieurs autres textes du livret et s’apprête à fournir un travail d’invention, d’imagination. Il déclare dans les premières lignes être l’auteur de ce dialogue imaginaire. Non seulement notre mystérieux narrateur n’est ni Watson, ni Holmes (comme cela est généralement le cas dans le Canon), mais en plus pour lui les personnages qu’il reprend n’existent donc pas. Il ne rapporte pas des faits mais imagine quelque chose. C’est très net et ne colle pas du tout à la façon dont les textes canoniques sont introduits. C’est quelque chose qui m’a sauté aux yeux immédiatement et qui m’a asticoté l’esprit tout au long de ma lecture.
  • Un peu plus loin, nous découvrons Holmes et Watson à leur domicile. Or l’adresse mentionnée est elle aussi très curieuse : une pension de famille dans Sloane Street. Pourquoi les personnages auraient subitement déménagé ? Rien ne le justifie et comment Arthur Conan Doyle aurait-il pu faire une erreur pareille, lui qui connaissait si bien les personnages ?
  • Le texte évoque ‘L’entrepreneur de Norwood’, une nouvelle bel et bien canonique mais le fait de façon assez imprécise. Si l’étude d’une empreinte digitale retrouvée sur la scène de crime fournit bien des informations à Holmes, ce n’est pas de la façon évoquée ici. Une fois de plus, cela tend à démontrer une connaissance imparfaite du Canon (même si je reconnais qu’Arthur Conan Doyle lui-même n’était pas à l’abri d’une erreur).
  • Enfin, j’ai été étonnée par la discussion éminemment politique entretenue par Holmes et Watson et profondément liée à l’actualité d’Arthur Conan Doyle. Prêter de tel propos aux personnages manquerait franchement de subtilité de la part de Doyle. Cela frise la propagande grossière. En outre, cela ne colle vraiment pas aux thèmes habituellement abordés dans le Canon, à la personnalité de Holmes qui semble faire bien peu de cas de ce genre de préoccupations. Dès lors, le dialogue entre Holmes et Watson semble tout à fait incongru à mes yeux. Sans compter que la forme même de leur échange est assez éloignée de leurs dialogues habituels.

Pour conclure…

Le débat est loin d’être clos et si de nombreux holmésiens semblent se ranger aux arguments de Mattias Boström, d’autres comme Leslie Klinger, BSI (« The Abbey Grange ») pensent au contraire que l’on peut tout à fait avoir affaire à un authentique texte d’Arthur Conan Doyle. C’est un débat très intéressant je trouve et si vous avez lu le texte et souhaitez soulever en commentaire des points qui n’ont pas été abordé ici, n’hésitez pas ! Cela ne pourra être qu’enrichissant.

Dans tous les cas et quel que soit l’auteur de ce texte, toutes ces interrogations et remises en question ne doivent pas nous faire oublier qu’il s’agit là d’une jolie découverte !

Par ailleurs, comme vous ne maîtrisez pas tous la langue de Holmes, je vous propose également ma propre traduction du texte. Je ne suis pas traductrice professionnelle et j’ai travaillé extrêmement rapidement ; le résultat est donc loin d’être irréprochable (c’est même plus un premier débroussaillage qu’autre chose à l’heure actuelle). Je vous serais donc gré d’être indulgents (je peaufinerai sans doute la chose dans les prochains jours si je trouve assez de temps pour cela. Cela vous étonnera peut-être mais j’ai une vie en dehors du blog). Je précise que je ne tire aucun bénéfice commercial de cette traduction mais si vous la diffusez autour de vous, merci de laissez mon nom et l’adresse de mon blog sur le document.

La nouvelle : transcriptiontraduction

Source : The Telegraph

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8 commentaires sur “Une aventure inédite de Sherlock Holmes retrouvée chez un particulier

  1. Dorothée dit :

    Les textes trouvés de manière posthume… touchy touchy ! Même le dernier amour d’Arsène Lupin, si on est sur que Leblanc l’a écrit (mais fini… peaufiné… il n’avait malheureusement plus toute sa tête à la fin apparemment), on est pas vraiment certain qu’il a tout écrit, etc… et il y a toujours des nouvelles disparues ! Puisque dans l’Agence Barnett, il est mentionné au moins 2 aventures qui n’apparaissent nulle part (une erreur, des textes restés dans un placard !) … et oui, de temps à autre, le rat de bibliothèque se sent l’âme d’un Indiana Jones de la literature… perso, l’idée de pouvoir encore retrouver des textes « perdus » je trouve ca très romantique… même si pour le coup, ca sent le pastiche …

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    • Méloë dit :

      Je trouve aussi incroyablement romantique l’idée de retrouver ainsi des textes dont on avait oublié l’existence. Après oeuvre ‘authentique’ ou pastiche, ça n’est presque plus qu’un ‘détail’ (même si retrouver un ‘vrai’, ça doit être incroyablement grisant). Ce qui compte c’est de savoir que des petites pépites de ce genre nous attendent au fond d’un carton ou d’un rayonnage poussiéreux. Dommage que chercheur de textes disparus ne soit pas un métier !

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  2. Ida dit :

    Quoi qu’il en soit je tiens d’abord à vous remercier pour cette traduction que vous nous offrez là. 😀

    Évidemment Holmes est à nouveau très à la mode en ce moment et je trouve trèèèès troublant que ce soit juste maintenant que l’on retrouve ce texte perdu… D’autant que d’authentiques passionnés il y en a eu dès la première heure!

    Je souscris à vos arguments écartant l’hypothèse que ce texte soit de Conan Doyle… et j’aurais bien aimé savoir sur quels arguments positifs (donc pas de simples contre-arguments) s’appuient ceux qui préfèrent y croire.

    Je courre lire votre traduction maintenant! Et… merci encore pour tout ce mal que vous vous donnez pour nous humbles holmesophiles trop moyennement anglophones!

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  3. Ida dit :

    Mamie Ida-La-Maniaque revient à la charge… 🙂

    Mouais… je n’y retrouve en effet rien de l’esprit du Canon même si on aurait pu imaginer Conan Doyle éventuellement prêt à se parodier lui même en introduisant cette mini séquence holmesoïdienne par une mise en abîme la connectant avec l’objet pour laquelle elle se trouve écrite.

    Certes le dialogue « socratique » où Holmes explicite ses déductions à Watson est un grand classique… mais certains de ses éléments tombent un peu à plat et oui… pourquoi situer Holmes ailleurs qu’au 221b??? Et aussi quelle idée d’introduire du politique là où Conan Doyle s’est toujours gardé de le faire même en faisant intervenir Holmes auprès des puissants de son temps?

    Je ne suis pas convaincue…

    Peut être parce que je n’ai pas envie de voir mon édition « complète » du Canon ne plus l’être et de devoir en changer… 😉

    Mais je vous le concède… c’est loin d’être un argument ça! 😀

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    • Méloë dit :

      Il est vrai que la redécouverte de ce texte tombe fort à propos… mais je pense que l’historien qui l’a retrouvé dans son grenier a réellement cru faire une découverte extraordinaire. Je pense que sous le coup de l’enthousiasme il n’est pas dur de parvenir à la conclusion hâtive que le texte est bien d’Arthur Conan Doyle dans la mesure où son nom apparaît un peu plus tôt dans le fascicule.

      Je vous avoue qu’étant absente de chez moi, je n’ai pas suivi la suite des débats mais il me semble que pour beaucoup de personnes maintenant, il s’agit très certainement d’un pastiche et j’ai effectivement eu du mal à trouver (pour l’instant) des arguments positifs réellement originaux.

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  4. belette2911 dit :

    Bon, je vais imprimer cela et le lire à mon aise, et me faire mon avis, mais vos arguments me semblent assez bons ! 🙂

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  5. Ida dit :

    Oui oui… MamIda et ses idées fixes… 😀

    Tiens! Je viens de voir sur le site de la SSHF qu’on a retrouvé un exemplaire du recueil de textes publié à l’occasion de cette opération de charité dédicacé par Conan Doyle himself.

    Mais comme on sait qu’il avait été présent lors de cette opération… il est possible qu’il ait signé des autographes sans que cela ne prouve pour autant que ce texte soit de lui.

    Oui… franchement… après avoir localisé Holmes et Watson pendant 40 ans à Baker Street pour quoi les avoir déménagés pour ce texte??? Y a pas à dire… ça ne colle pas! 🙂

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    • Méloë dit :

      Merci pour cette information ! Je savais que la SSHF avait publié plusieurs choses au sujet de cette nouvelle et du recueil mais je n’avais pas encore eu le temps d’aller les lire. C’est intéressant cette histoire d’autographe, cela enrichit le débat même si effectivement, sa signature sur le fascicule ne signifie en aucun cas qu’il est l’auteur de l’un des textes.

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