Marx et Sherlock Holmes – Alexis Lecaye

Marx et Sherlock Holmes - Alexis Lecaye

Marx et Sherlock Holmes…

Londres, avril 1871 : le jeune Sherlock Holmes reçoit une visite inattendue : celle d’un certain Karl Marx, chef de l’Internationale, traqué par un tueur fou à la solde de Thiers et de Bismarck.

Holmes accepte de rechercher l’assassin, échappe à son tour de justesse à un attentat. La traque s’engage à Londres, se poursuit à Paris, en plein printemps communard…

Une affaire terrible, une des rares occasions où l’esprit de Sherlock Holmes a failli perdre son équilibre, basculer dans un excès d’horreur, et même, pourquoi ne pas l’avouer, de confusion et de crainte.

L’avis du consulting blogger…

J’ai acheté cet ouvrage il y a quelques mois, dans un accès de collectionnite aigüe mais son titre ne m’incitait pas particulièrement à la lecture. Je me suis finalement décidée à m’y plonger en faisant un peu de tri dans ma PAL* dernièrement.

Je n’ai jamais aimé avoir trop de livres attendant mon attention à la fois ; je préfère renouveler ce petit stock régulièrement et la fin d’année est toujours pour moi l’occasion d’y mettre un peu d’ordre… histoire de mieux recommencer à accumuler quelques semaines plus tard.

Anybref, c’est donc sans grande conviction que j’ai ouvert ce roman et si je n’ai pas été totalement transportée, j’y ai découvert des aspects passionnants insoupçonnés.

L’histoire débute donc à Londres, en avril 1871. Sherlock Holmes, alors âgé de 23 ans, habite Montague Street où il partage son temps entre expériences de chimie et petites enquêtes diverses. Il est le narrateur de cette aventure qu’il revisite dans sa mémoire et au travers de ses archives, bien des années après les faits.

On fait donc la connaissance d’un personnage qui a besoin de mûrir. Il commet régulièrement des erreurs et met encore au point sa méthode d’investigation : ses observations et déductions sont moins poussées, il se laisse parfois détourner des faits par de belles théories… Si les grands traits de son caractère et de sa méthode se devinent déjà, tout n’est encore qu’au stade de l’ébauche. Il explique d’ailleurs lui-même au début de son récit comment ces années et cet épisode en particulier ont été formateurs et on fait de lui l’homme que l’on découvre au fil du Canon.

Le jeune homme est aussi un poil arrogant (un autre défaut de sa jeunesse) mais cela reste assez léger pour qu’il ne perde pas sa sympathie aux yeux du lecteur. Si bien que j’ai trouvé le portrait assez plaisant et globalement crédible ; la première bonne surprise de cette lecture.

Il m’a en revanche beaucoup moins convaincue et même franchement déçue dans ses réactions face à une certaine jeune femme… SPOILER : c’est vraiment gros comme une maison pour le lecteur qui soupçonne la vérité dès leur première rencontre. Je l’ai trouvé franchement naïf sur ce coup-là et être le témoin de ses émois amoureux n’est franchement pas passionnant…

Oh ce qu’il a pu m’agacer par son comportement face à cette femme, et ce jusque (surtout ?) dans les dernières pages de l’ouvrage ! Il agit de manière totalement irrationnelle : SPOILER : elle a quand même la ferme intention de le tuer et il le sait fort bien. Faut-il être stupide pour agir comme il le fait ! 

Alors je veux bien qu’il était encore jeune, mais là pour le coup j’ai trouvé le trait outré et cela m’a agacée, d’autant plus que c’est sur leur ultime rencontre que se termine l’ouvrage. De quoi me laisser un goût malheureusement assez amer alors que tant de petites choses m’avaient plu par ailleurs.

Je ne comprends vraiment pas ce besoin systématique (ou presque) chez les auteurs de pastiches traitant de la jeunesse du personnage, de forcément trouver une explication traumatique à son manque d’intérêt pour les femmes et le mariage, quelques années plus tard.

Après avoir bien râlé, je dois cependant reconnaître que le récit de Holmes est terriblement vivant et si l’on ne peut pas vraiment parler de pastiche (l’enquête n’est ici vraiment pas l’élément principal à mon sens), je me suis laissée entraînée par l’Histoire. Avec une majuscule, car c’est de cela réellement qu’il est question dans cet ouvrage.

A travers les yeux de Holmes, nous assistons aux dernières semaines de la Commune de Paris. Un événement dont je savais très peu de chose avant d’entamer ma lecture, bien qu’ayant vécu à Versailles bon nombre d’années…

Nous n’en avons jamais parlé en cours d’histoire au collège ou au lycée mais j’ai vu le mur des fédérés au Père Lachaise et j’ai posé des questions à cette occasion mais sans pour autant rattacher cela à des connaissances précises. Si bien que je craignais assez de me sentir dépassée face à l’évocation d’événements et de personnages qui ne me disaient rien, un peu comme cela a été le cas lors de ma lecture de L’assassin du boulevard.

Cela n’a finalement pas du tout été le cas car Alexis Lecaye décrit le tout avec extrêmement de minutie et de pédagogie sans pour autant que l’on ait l’impression de subir un cours d’histoire. On assiste réellement aux événements décrits (périple à travers les carrières parisiennes inclus, même si Holmes n’est malheureusement pas du tout aussi sensible que moi au romantisme de la chose).

A tel point que j’en oubliais presque parfois que j’étais censée avoir affaire à un roman holmésien… Ce qui est au final un poil dommage parce que c’est bien un pastiche dans sa forme la plus courante que je comptais découvrir en entamant ma lecture.

En bref…

Un roman qui ne m’attirait pas plus que cela au premier abord mais a finalement su me séduire par sa description très vivante d’événements historiques et sa mise en scène fort convaincante d’un jeune Sherlock Holmes.

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Infos : Marx et Sherlock Holmes de Alexis Lecaye. Sorti chez Fayard en 1981 et chez Le Livre de Poche en 1990.

*Pile A Lire

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7 commentaires sur “Marx et Sherlock Holmes – Alexis Lecaye

  1. Ida dit :

    Bonjour

    Pour moi le back ground du roman est presque aussi important que la psychologie du personnage principal. Alors… s’il me séduit peu j’ai du mal à accrocher. Et l’épisode de la commune me rebute assez.

    Je me demande des fois s’il n’y a d’ailleurs pas une sorte de mouvement inconscient qui fait qu’on développe peu cette période dans les cours d’histoire tant elle est politique complexe et se prête peu à une étude dépassionnée… à moins qu’on ne préfère refouler les exactions qui ont eu lieu et de la part des communards ET de la répression.

    On voit un mouvement historique critiquant aujourd’hui les « héros » de la révolution française et faisant une réhabilitation de Louis XVI… Pour la Commune c’est encore « les français contre les français » et dans des conditions peu glorieuses. Prendre parti pour les uns suppose un positionnement politique. Donc… on zappe… comme ça n’a pas laissé de conséquences dans l’organisation du pays contrairement à 1789… Enfin c’est comme ça que j’interprète notre ignorance nationale entretenue sur la Commune… un épisode sur lequel on n’a souvent pas envie de s’attarder car objectivement peu glorieux pour nos mémoires.

    A bientôt

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    • Méloë dit :

      Le cadre dans lequel se déroule l’intrigue d’un roman est également très important pour moi et je comprends totalement qu’un thème qui ne nous tente pas suffise à nous détourner du roman tout entier ! C’est d’ailleurs en partie pour cela que j’avais si longtemps repoussé cette lecture.

      Très sincèrement, je ne sais pas pourquoi la Commune n’est pas plus enseignée dans les collèges et lycées (je ne sais d’ailleurs même pas si c’est un phénomène général en France ou bien si cela est propre aux classes dans lesquelles je me suis retrouvée), mais il se pourrait tout à fait que vous approcher la vérité dans votre réflexion sur le sujet. Je trouve ça dommage et dangereux d’oublier ainsi volontairement des épisodes de notre passé, car je pense que c’est en se souvenant et en transmettant le souvenir que l’on est plus à même de réagir avec discernement et d’éviter de répéter certaines situations.

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  2. belette2911 dit :

    Ben dis donc, voilà un roman que j’ai lu début des années 90 ! 😀 Bigre, ça ne me rajeunit pas…

    Pour te dire, je ne me souviens plus de la gonzesse qui se trouvait dedans, je ne me souviens plus du tout de l’intrigue et je devrais les relire, mais tu connais ma PAL à moi… (sinon, va faire un tour sur Babelio !). 😆

    Tu sais, on aime bien inventer un passé amoureux à Holmes, tragique, si possible, sinon, pourquoi expliquer le reste (oui, je sais, il existe 1001 autres explications, mais que veux-tu ?? 😀 ).

    Niveau de la Commune, c’était bien l’ancêtre du communisme, non ? Ou mes infos sont erronées… 🙄

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    • Méloë dit :

      Oh oui je connais ta PAL enfin ce que tu nous en dévoiles 😀 et elle m’impressionne toujours autant ! Les murs sont extensibles chez toi ? ^^

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      • belette2911 dit :

        Oui, mon grenier à moi est extensible, contrairement à celui de Holmes 😆

        Heureusement que j’ai la liseuse, tu en bourres 700 dedans et ça prend pas de place 😛

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  3. Dorothée dit :

    je note pour plus tard 😉

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    • Méloë dit :

      Bien plus tard même, si tu veux. A moins que tu ne voues une passion sans borne à la Commune, je ne te recommande pas d’en faire une priorité.

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