Moriarty – Anthony Horowitz

Moriarty - Anthony Horowitz

Moriarty…

Quelqu’un croit-il réellement à ce qui s’est produit aux Chutes du Reichenbach ?

Pas moi. Et je vais vous dire pourquoi. Mais avant toute chose, laissez-moi me présenter. Frederick Chase, détective de l’agence Pinkerton. Ma mission ? Retrouver et neutraliser Clarence Devereux, cerveau du crime qui s’est empressé de combler le vide laissé par la disparition de Moriarty, l’ennemi juré de Sherlock Holmes.

Pour arrêter ce génie du mal, un homme presque invisible, j’ai suivi l’inspecteur Athelney Jones de Scotland Yard, fervent disciple de Sherlock Holmes, dans les recoins les plus sombres de la ville.

Mais le criminel le plus dangereux de Londres n’est pas celui qu’on croit…

L’avis du consulting blogger…

Etant une fan inconditionnelle des écrits d’Anthony Horowitz et ayant énormément aimé La maison de soie, j’étais extrêmement impatiente de découvrir ce nouveau roman publié en fin d’année dernière. Malheureusement, cette fois-ci le charme n’a pas vraiment opéré, et c’est même profondément déçue que j’ai tourné la dernière page. Vous voilà donc prévenus, mon billet sera beaucoup moins enthousiaste que ceux que vous avez pu lire ailleurs.

Cet ouvrage n’a vraiment pas grand chose en commun avec La maison de soie. Il ne s’agit ni d’une suite ni même d’une aventure inédite de Holmes relatée par le Dr. Watson. Je le savais avant d’entamer ma lecture ; ça n’est donc pas d’une fausse attente que vient ma déception. J’étais vraiment très curieuse de découvrir ce qui se cachait entre ces pages, et quel serait le lien réel entre ce récit et les personnage du Canon holmésien.

Il faut savoir que je suis incapable de me plonger dans un roman à énigme sans chercher moi-même à en dénouer tous les fils avant que le narrateur ne le fasse. Je questionne chaque situation, chaque choix lexical et stylistique. Cela ne m’empêche pas de tomber à côté de la plaque assez régulièrement et il n’y a rien que j’aime temps que tourner la dernière page d’un livre et être bluffée par ce que je découvre, n’ayant absolument pas vu venir la chose.

…Attention, risque de spoilers dans les lignes qui suivent…

Les balises ‘SPOILER’ n’indiquent que les passages les plus explicites et donc masqués. Cependant, si vous n’avez pas encore lu ce roman, je vous déconseille de lire les paragraphes suivants, qui risquent de vous aiguiller sur la voie de la vérité.

Or ici, j’ai très rapidement vu clair dans le jeu du narrateur. J’ai décelé le retournement final dès les premiers chapitres et j’ai eu beau espérer me tromper tout au long de ma lecture, ce que j’avais soupçonné s’est malheureusement vu confirmer.

Le narrateur le dit lui-même : il n’a jamais menti et a laissé à notre disposition tous les indices nécessaires. Or pas besoin d’être Sherlock Holmes pour relever lesdits indices et trouver soit a) que quelque chose cloche sérieusement dans les faits tels qu’il nous les raconte et que le comportement des personnages manque cruellement de logique, soit b) que curieusement tout prend sens si SPOILER : Moriarty n’est pas mort et se cache sous l’identité de Frederick Chase.

Je me souviens que l’une des premières pensées qui m’ont traversées l’esprit, alors que Chase et Jones sont encore en Suisse a été SPOILER :  ‘sérieusement, j’espère qu’on ne va pas avoir droit à un remake du  Meurtre de Roger Ackroyd !’ Une fois cette idée formulée, impossible de m’en détacher, d’autant plus que tous les indices concordaient en ce sens. 

L’arrogance de Chase (qu’il dissimule de mieux en mieux au fil des pages jusqu’à ce qu’il révèle la vérité), sa réaction au récit de Watson dans ‘Le dernier problème‘, sa description du cadavre de Moriarty, la disparition du cuisinier suisse, les choix d’enquêtes qu’il fait -totalement illogiques si son but était bien celui qu’il annonce officiellement-, la marionnette de gendarme achetée par Jones… vraiment tout est là pour que le lecteur découvre la vérité sans vraiment avoir à se forcer.

Si bien que lorsqu’arrive le chapitre de la grande révélation, non seulement je n’ai pas été étonnée mais en plus j’avais sérieusement eu le temps de m’ennuyer avant d’en arriver là. Les péripéties s’enchaînent de façon assez rythmée mais une fois que l’on sait ce qu’elles cachent, on ne voit plus que leurs défauts.

Et puis si le récit de Watson présente quelques incohérences, je n’ai pas trouvé celui du narrateur beaucoup plus convaincant sur ce point. Les indices étaient là ; j’ai déduis ce qu’il y avait à en déduire mais je ne peux pas dire pour autant que j’ai été convaincue par mes conclusions.

Car sérieusement, SPOILER : c’est quoi cette mode ? Messieurs et Mesdames les imagineurs, voudriez-vous bien laisser, je vous prie, le Professeur Moriarty au fond des Chutes du Reichenbach ? Cette manie de le ressuciter ainsi à tout bout de champ ne me convainc pas du tout et m’agace même profondément.

…Fin des spoilers…

Vous pouvez reprendre votre lecture tranquillement sans crainte de voir des aspects majeurs de l’intrigue évoqués.

Ma déception au sujet de l’intrigue ne m’a pas empêchée de relever malgré tout quelques aspects positifs au cours de ma lecture et je veux prendre le temps de les évoquer avec vous pour ne pas me laisser aveugler par ce qui m’a déçue. Car il faut bien avouer que si je m’étais laissée bernée jusqu’au bout, j’aurais sans doute eu un avis beaucoup plus positif sur cet ouvrage.

Si l’on est ici bien loin du brillant exercice de style accompli dans La maison de soie, force est de reconnaître que le récit de Frederick Chase est agréable à lire. Le style est plutôt fluide et l’on tourne les pages sans vraiment se forcer. J’ai même lu le roman pratiquement d’une traite, n’ayant aucune envie de le reposer avant d’avoir obtenu toutes les explications attendues.

J’ai aussi beaucoup admiré l’écriture des déductions effectuées par Jones, un exercice pourtant pas évident et un aspect absent de bien trop de pastiches holmésiens à mon goût. Si je n’ai pas forcément adhéré à l’idée de ce personnage obsédé par Holmes qui cherche à tout prix à lui ressembler : je ne trouve pas forcément cela très intéressant sur le plan littéraire (c’est un peu comme quand on me propose un déca’, un soda light ou une salade avec mon Big Mac : je préfère l’original), je dois admettre que j’ai souri face à ses évocations du Canon et à tous les petits trucs qu’il a appris en étudiant les pratiques de son maître.

J’ai enfin énormément aimé cette façon d’évoquer une untold story pour finalement en intégrer le récit à la fin du volume. Il s’agit de la nouvelle intitulée Les trois reines dont je vous ai parlé en fin d’année dernière et qui sans faire vraiment dans l’originalité avait su me divertir lors de ma lecture.

En revanche, un dernier point qui ne m’a pas convaincue, c’est le nombre de morts et la quantité de sang versé avec moult détails dans ce volume. Déjà, j’avais trouvé l’affaire extrêmement sordide dans La maison de soie, rendant par là-même ce texte assez éloigné du Canon après réflexion, mais sans que cela ne me dérange sur le coup, autant là je n’ai pas saisi l’intérêt dans cette débauche de violence et d’hémoglobine.

Alors certes on a affaire à de vrais méchants qui ne font pas vraiment dans la dentelle mais j’ai trouvé ça presque anachronique, d’avantage sorti d’un film d’action actuel plus que d’un récit censé avoir été écrit en 1891… D’autant plus que cette profusion de détails sanguinolents n’apporte pas grand chose à l’intrigue.

En bref…

Une terrible déception pour moi (et pas mal de tristesse d’avoir été déçue par un ouvrage et un auteur dont j’attendais beaucoup) mais je ne doute pas que l’ouvrage devrait continuer d’en berner plus d’un… pour leur plus grand bonheur !

Sherlock Holmes par Anthony Horowitz : La maison de soie, Les trois reines

Anthony Horowitz : site officiel, Twitter

Hachette : site officiel

Calmann Lévy : site officiel, Facebook

Acheter le livre sur Amazon

Infos : Le nouveau Sherlock Holmes – Moriarty de Anthony Horowitz. Titre original : Moriarty. Traduction de Annick Le Goyat. Sorti simultanément chez Hachette et chez Calmann Lévy le 29 octobre 2014. Edition papier : 17€50, édition numérique : 12€99.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Publicités

15 commentaires sur “Moriarty – Anthony Horowitz

  1. Ida dit :

    Méloë sortez de ma tête s’il vous plaît! 😀 !!!

    Je n’aurais pas dit mieux! Tout pareil! Pas de Holmes dans l’affaire! Et un rebondissement prévisible! Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler! Je ne m’attendais pas à ça…

    Vous sachant fan de Horrowitz j’avais un peu peur de vous voir adhérer… tout en étant pas surprise de votre réaction car… c’est que nous commençons à percevoir vos goûts. 🙂

    Bref merci pour ce billet qui me soulage quelque peu de ma peur d’être un peu seule à ne pas avoir adhéré.

    J'aime

    • Méloë dit :

      Je ne suis donc pas la seule à avoir trouvé ce rebondissement prévisible ! tant mieux ! Et je crois justement que j’ai été d’autant plus déçue qu’Anthony Horowitz est l’un de mes auteurs favoris, dont j’attends donc chaque nouveau roman avec impatience.

      J'aime

  2. sheherazade2000 dit :

    très bel article, qui me convainc de ne pas acheter le roman qui est une vraie déception pour toi, apparemment – moi les déceptions littéraires chez les autres, ça m’arrange = je ne dois pas alourdir ma pal 😀

    J'aime

    • Méloë dit :

      C’est vrai que ça fait toujours du bien à la PAL 🙂 Surtout que te connaissant un peu, je ne doute pas que tu découvres très vite le pot-aux-roses ! Cela-dit, la plupart des autres billets que j’ai lus sur le sujet sont extrêmement enthousiastes et il ne faut pas nécessairement se fier aveuglément à mes râleries 😉

      J'aime

      • sheherazade2000 dit :

        j’ai pu constater au fil de me pérégrinations sur ton blog que nos « râleries » se ressemblaient souvent – donc je passe 😉

        J'aime

  3. belette2911 dit :

    Ben moi, j’ai bien aimé, mais j’ai senti un coup d’oignon… mais pas pour l’américain, pour l’anglais que je pensais être SH… :/

    J'aime

    • Méloë dit :

      héhé, je pense que c’était le but et que tu n’es pas la seule à t’être fait rouler ainsi. Tant mieux d’ailleurs si l’effet de surprise a fonctionné sur toi et t’a permis d’apprécier ce roman bien plus que moi !

      J'aime

      • Ida dit :

        J’y ai pensé aussi à cette piste là… mais au fait… qui était le mystérieux unique autre occupant de l’hôtel du narrateur? A un moment j’ai pensé à SH… mais… manifestement on ne l’apprend pas là…

        à moins que… à moins que le Sieur Horovitz ne nous serve le propre récit du grand hiatus par SH lui même dans un prochain opus?

        J'aime

        • Méloë dit :

          J’ai formulé la même hypothèse ! et j’ai été un peu frustrée de ne pas voir le mystère élucidé. Peut-être dans un futur volume, effectivement même si pour l’instant l’idée que vous émettez ne m’emballe pas plus que ça.

          J'aime

      • belette2911 dit :

        Ah oui, double effet Kiss Cool pour moi ! 😀

        J'aime

  4. Dorothée dit :

    même commentaire que Sheherazade… ma pal soufflé 😉
    en même temps, on ne peut pas faire tout et n’importe quoi avec l’univers de Doyle… Je me dis que parfois certains romans mériteraient d’être indépendants de toute « franchise », quoique dans le cas de celui-là, l’absence de suspens dont tu fais état semble le principal problème… attention Méloé, tu as peux être tout deviné parce que tu deviens aussi brillante que Holmes … et qu’une malheureuse petite énigme, hein ? …

    J'aime

    • Méloë dit :

      Franchement ça n’est effectivement pas tant une question de franchise, car Anthony Horowitz maîtrise clairement le sujet, que de manque de suspense à mon goût. Il ne faut d’ailleurs pas oublier que le Monsieur écrit plutôt pour le jeune public qui se laisse sans doute plus facilement berner que des adultes. En toute honnêteté, je pense que j’aurais trouvé cela excellent il y a une bonne dizaine d’années.

      Aimé par 1 personne

  5. brett abberline dit :

    5.0 étoiles sur 5 Bien meilleur que la Maison de Soie 21 janvier 2015
    Par watson221
    Format:Broché|Achat vérifié
    Le précédent opus holmésien m’était, je l’avoue, resté sur l’estomac tant le sujet avait de quoi donner la nausée. Malsain. Ici, par contre, c’est excellent. On s’amuse beaucoup et la chute (forcément, ha, ha, ha) est inattendue ! Beaucoup de suspense pour un récit digne de Conan Doyle.

    Commentaire trouvé et consultable sur Amazon…de quoi quand même se poser des questions sur vos critères Méloé…Vos commentaires pullulent quand même de « extrêmement déçue » lol, sans rancune

    J'aime

    • Méloë dit :

      Je ne vois pas bien l’intérêt de ce « copier-coller ». Cette personne pense ce qu’elle veut du roman… et moi de même. Chacun a sa propre opinion et l’exprime comme il le souhaite. Et ça n’est pas parce que vous avez trouvé une (ou plusieurs) chroniques enthousiastes de cet ouvrage que je devrais m’aligner dessus ou que ces avis plus nombreux sont plus légitimes que le mien.

      J'aime

Comment at once if convenient.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s