Sherlock Holmes : l’héritage – Love Productions – 2013

sherlock holmes l heritage

Sherlock Holmes : l’héritage…

Dans les romans d’Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes utilise des méthodes scientifiques pour confondre les coupables. Il a recours à la chimie, étudie les traces de sang et les moindres indices. Une manière de faire totalement révolutionnaire pour l’époque, qui a inspiré les véritables enquêteurs.

Des experts actuels de la police scientifique, des historiens et des spécialistes du détective en témoignent.

L’avis du consulting blogger…

Avant de donner mon avis sur le contenu à proprement parler de ce documentaire, j’aimerai pousser un petit gros coup de gueule. En me renseignant à son sujet, j’ai découvert que Sherlock Holmes : l’héritage est la version française d’un documentaire britannique initialement tourné pour la télévision américaine (si j’ai bien compris) et diffusé entre autres sur PBS en octobre 2013… Il arrive quelques mois plus tard chez nous, jusque là tout va bien.

Sauf qu’en cherchant quelques infos supplémentaires sur la conception du documentaire, j’ai découvert que lors de sa diffusion américaine, il faisait visiblement 120 minutes (réparties en deux épisodes) et non 52, comme dans la version française. Alors, où sont fucking passées mes 68 minutes manquantes ? C’est un mystère… Et pourquoi n’a-t-on eu droit qu’à cette micro-version ? C’est plus de la moitié du programme qui a disparu en traversant l’océan, nom d’un problème à trois pipes ! Faut pas déconner, quand même ! 

Sérieusement, ça m’énerve ce genre de comportement, hyper fréquent en plus. Mais il se passe quoi dans la tête des diffuseurs français ? Ils méprisent à ce point leurs spectateurs ? Et si pour une raison incompressible ils ne peuvent offrir le programme dans son intégralité (question de format, de droits, de prix ou que sais-je encore ? Ce que je peux tout à fait comprendre), qu’ils aient au moins l’honnêteté de préciser qu’il s’agit d’une vague resucée et pas du truc original, for god’s sake. 

Après on crie au scandale quand on découvre que des internautes regardent films et séries de façon pas toujours très légale… Et dieu sait pourtant que je suis la première à râler contre le streaming illégal hein en cherchant toujours plus d’alternatives justes pour tout le monde, mais peut-être que les internautes en question en on marre d’être pris pour des cons, de voir leurs programmes favoris diffusés dans n’importe quel ordre, traduits à la va-vite (voire censurés, sisi, on censure certains dialogues en France), arrêtés sans le moindre préavis ou tronçonnés allègrement ! Elle sert à quoi la redevance que l’on paye pour la télévision, si une chaîne nationale, donc au moins financée en partie par ladite redevance n’est pas foutue de prendre ses spectateurs au sérieux ?

Anybref, je vais m’arrêter là pour ne pas m’acharner minablement mais il fallait que ça sorte. Revenons en donc à ce documentaire et à ce que j’en ai pensé. Eh bien pour commencer, je suis bien embêtée parce que l’une de mes critiques principales était le manque de cohérence globale de la chose, la façon dont il ressemblait à un gigantesque fourre-tout sans aucune structure. Au final, auprès de qui dois-je me plaindre ? Du réalisateur qui n’a pas su réellement raconter une histoire et s’est contenté de suivre une liste de points à aborder, ou des personnes responsables des coupes pour la version française qui ont ainsi totalement dénaturé la chose ?

Et cela m’énerve d’autant plus que franchement, je l’ai trouvé intéressant ce documentaire et très plaisant à découvrir entre reconstitutions de faits réels, extraits de fictions et interviews d’héritiers de la méthode holmésienne. Le documentaire est captivant et si l’on tombe parfois plus dans le divertissement que dans le docu pur, que certains raccourcis sont pris, eh bien ça n’est pas grave. Le résultat est très grand public, familial mais c’est très bien ainsi, car la leçon passe d’autant mieux et l’on apprend et retient pour de bon tout un tas de choses, même s’il ne faut pas oublier de conserver un esprit critique et d’aller vérifier quelques petits points dans d’autres sources.

En revanche, s’il y a bien une chose plutôt bien choisie dans cette version française, c’est son titre, qui pour une fois évoque fidèlement le contenu. En effet, si l‘autre documentaire diffusé ce soir-là s’intéressait à la série Sherlock et plus globalement aux diverses interprétations du détective consultant, il est ici question de Sherlock Holmes comme inventeur de la criminalistique et modèle pour les enquêteurs actuels et passés. Le documentaire s’intéresse à l’héritage scientifique laissé par Sherlock Holmes au fil du temps.

Au départ, j’ai pourtant eu un peu peur lorsque j’ai vu à quel point l’accent est mis sur BBC Sherlock dans les premières minutes. A tel point que même lorsque l’on a des images d’un film muet de 1906, c’est la musique de ladite série qui est mise en fond… Je craignais que cela vire à l’opération de propagande et que le but annoncé soit bien vite oublié. Heureusement, j’ai très vite été rassurée et c’est tout le contraire qui se produit : finalement outre les quelques premières minutes de promo pas très subtile, BBC Sherlock s’éclipse et on a droit à un véritable retour au Canon et aux pères de la criminalistiques.

On découvre ainsi le témoignage de criminalistes actuels qui nous parlent de Holmes, de la façon dont ils appliquent ses méthodes aujourd’hui, de la source d’inspiration qu’il peut être dans leur travail, etc. Mais on redécouvre aussi et surtout la vie et les travaux des pionniers de ce domaine (superbes documents d’époque à l’appui) et c’est qui m’a le plus plu : voir ainsi évoqué Hans Gross, un juge autrichien, fervent lecteur des aventures de Sherlock Holmes et l’un des premiers à appliquer ses principes. En 1893 il a écrit un manuel de criminalistique à l’usage des enquêteurs, sur la base de la méthode holmésienne, fatigué de voir les dossiers totalement dénués de la moindre information exploitable qu’on lui ramenait.

Il est question aussi bien sûr d’Edmond Locard. Je dois vous avouer que dès que j’ai vu la tournure que prenait le documentaire, j’espérais bien que l’on parlerait assez longuement de lui. Et effectivement, on nous parle du tout premier laboratoire de police scientifique qu’il a monté, là encore inspiré par Sherlock Holmes. Ce qui est vraiment intelligent et très pédagogique, c’est qu’au lieu de simplement énoncer le principe de l’échange de Locard, celui-ci est explicité au travers d’un exemple tiré d’un cas réel : l’affaire Emile Gourbin, qui a été résolue par Edmond Locard dans les années 1910s, à Lyon.

Car en effet, un élément original du documentaire et que j’ai beaucoup aimé, c’est l’utilisation d’exemples tirés de faits divers avec reconstitution dramatique à l’appui. Bon, le résultat est kitsch au possible et on se croirait dans Les enquêtes impossibles de Pierre Bellemare, mais perso j’adore !

Parfois on se demande bien ce qui peut se passer dans la tête des enquêteurs, tant leurs hypothèses sont farfelues : Sérieusement, vous mettez souvent du poison dans le thermos de vos collègues pour s’amuser, vous ? Tsssk. Don’t talk out loud, you lower the IQ of the whole street. Non sérieusement, il leur faut 5 ans pour en venir à soupçonner la femme de la victime dans un cas d’empoisonnement chronique. Non mais allo, quoi !

D’exemple en exemple, le documentaire montre comment dans chaque domaine de la criminalistique, Sherlock Holmes était précurseur. Les scientifiques interrogés mettent aussi en avant ce dont on sait aujourd’hui que c’est impossible : les « erreurs » de Holmes… tout en rappelant que tous les criminalistes officiels lui ayant succédé ont fait les mêmes et en font encore de nouvelles. Et c’est finalement grâce à ces erreurs que la science a avancé et continue de le faire. 

J’ai aussi aimé la façon dont ils considèrent les bases de données informatisées comme une simple évolution du mind attic de Holmes. Parfois, ils en font un peu trop dans l’importance qu’ils accordent à Holmes et c’est là que la consultation de sources externes devient nécessaires, mais bon cela fait partie du jeu. Au spectateur de ce servir de son cerveau pour faire la part des choses et ne pas gober béatement tout ce que son poste de télévision lui dit.

Il y a juste un propos que j’ai trouvé un peu étrange, lorsque l’on nous parle d’un innovation technique à laquelle Sherlock Holmes n’avait pas pensé : la création d’un réactif qui ne colore que le sang… Je trouve que la chose rappelle quand même beaucoup la solution de Holmes qui ne précipite que l’hémoglobine et permet justement de démontrer la présence de sang sur un support quelconque lorsqu’un simple examen visuel ne le permet pas… 

Enfin, ce qui est très sympa, c’est que le documentaire évoque aussi les enquêtes menées par Arthur Conan Doyle et le rôle joué par ce dernier dans la création de la première Cour d’Appel britannique. Ce ne sont pas forcément des faits très souvent évoqués, à moins de se plonger dans des sources déjà bien spécialisées et j’ai aimé que le documentaire prenne le temps d’évoquer ainsi Doyle comme héritier de la méthode de celui dont il publiait les aventures.

En bref…

Plus que dubitative au début, j’ai finalement trouvé ce documentaire très chouette, très accessible et palpitant. Dommage, que nous n’ayons pas eu droit à la version intégrale…

Infos : Sherlock Holmes : l’héritage. Titre original : How Sherlock changed the world. Documentaire diffusé le 3 avril 2014 sur France 4.

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11 commentaires sur “Sherlock Holmes : l’héritage – Love Productions – 2013

  1. sheherazade2000 dit :

    voilà un documentaire que j’aurais aimé découvrir

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  2. Dorothée dit :

    De tout coeur avec toi pour le coup de gueule ! On se fout de nous ! il m’est revenu pleins de séries tronquées, mal traduites, massacrées par leur diffusion … me suis beaucoup énervée toute seule ces deux derniers jours !

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  3. Je suis bien d’accord avec toi… C’est désagréable… D’ailleurs j’ai été très déçue par le docu sur la série Sherlock qui n’a duré que 25 min…

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    • Méloë dit :

      Il avait le mérite d’être une création pour la télévision française, mais c’est vrai qu’il était un peu pauvre en infos inédites… On nous avait un peu vendu du rêve pour quelque chose de pas très original au final. Cela-dit, j’ai trouvé que c’était un moyen sympa de marquer la nouvelle saison (sauf que pour le coup, personnellement je l’aurais placé avant l’épisode et non après…)

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  4. belette2911 dit :

    Hello ^^
    Je n’ai pas encore regardé le documentaire, il est toujours dans la mémoire de mon décodeur Belgacom… mais je hurle en apprenant qu’on nous a amputé la moitié du reportage ! merde, à la fin ! Entre les séries censurées dans leurs dialogues et coupées de scènes importantes (la série Friends en regorge), sans parler de la diffusion dans le désordre; moi, j’ai choisi mon camp, je pirate et je visionne en VO (s-t-fr).

    Bref, on s’est encore moqué de nous… je verrai bien pour le reportage ce que j’en pense, moi. 😉

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    • Méloë dit :

      Pour les censures et les coupes, je pensais justement tout particulièrement à Friends. Les grands esprits se rencontrent ^^

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      • belette2911 dit :

        😆 Excellent !! Oui, les grands esprits… je ne le savais pas pour les coupes et les censures, c’est ma mère qui me l’a appris, elle le tenait de ma soeur qui les avait téléchargé en V.O sans coupure et elle avait vu des scènes dont elle n’avait aucun souvenir. Elle a pensé à des trous de mémoires, mais à un moment donné, elle a vérifié sur ses DVD en VF et bingo : les scènes, elles ne les avaient jamais vues !!

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  5. Ida dit :

    Bonjour,

    Je pense que ce film « Les sombres origines de Sherlock Holmes » pourrait vous intéresser. Il est en VF sur Youtube à cette adresse : http://www.youtube.com/watch?v=hqi7uNz23s0

    Peut-être en avez vous parlé sur un autre billet que je n’ai pas encore lu. Dans ce cas excusez moi pour le doublon.

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    • Méloë dit :

      Bonjour,

      Merci pour cette recommendation ! Il me semble avoir déjà vu quelques épisodes de cette série, si je ne la confonds pas avec une autre… Je vais explorer cela plus avant.

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