Duel en enfer – Bob Garcia

Bob Garcia - Duel en enfer

Duel en enfer…

Londres, été 1888. Sous le poids d’une chaleur suffocante, la ville est saisie d’horreur par les premiers meurtres de celui qu’on nommera bientôt ‘Jack l’Eventreur’. Pourtant, aucune des enquêtes du célèbre Sherlock Holmes ne mentionne la plus fameuse affaire criminelle qui ait agité ses contemporains.

Bien des années plus tard, le docteur Watson confie à son éditeur le journal de l’investigation qu’il mena aux côtés du détective sur l’insaisissable tueur en série. Une terrible plongée dans l’enfer des bas-fonds londoniens, sur les pas du meurtrier le plus sanguinaire et le plus énigmatique que l’Angleterre ait connu.

L’avis du consulting blogger…

Il me semble que Matilda n’avait pas aimé ce roman, mais j’ai rencontré Bob Garcia au Salon du Livre de Paris l’an dernier et j’ai trouvé le Monsieur tout à fait sympathique, drôle, passionné et bourré d’idées originales. Je devais même repasser le voir plus tard dans la journée et puis les circonstances ont fait que ça n’a pas été possible. Cela-dit, je n’ai pas oublié notre petite discussion ni l’envie de découvrir sa plume.

Pourtant, Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur, ça n’est pas forcément un sujet dont je suis fan car il est trop souvent utilisé pour des propositions au final toujours décevantes à mon goût. Soit l’auteur nous propose un version des faits totalement dénuée d’intérêt avec un coupable inintéressant au possible, soit il sombre dans le sensationnalisme et propose alors au lecteur une solution tellement abracadabrantesque que je n’arrive pas à y adhérer un instant.

A vrai dire, j’ai depuis toujours un headcanon bien particulier sur la question et j’attends encore l’auteur qui saura le mettre en scène ou bien me convaincre par sa proposition originale mais crédible… Au final, si le roman de Bob Garcia ne m’a pas semblé parfait, il m’a tout de même intéressée par certains aspects.

Juste une petite précision avant de poursuivre : j’évoquais Bob Garcia comme auteur mais il n’est en réalité que l’éditeur de ce texte, ne prenant la parole qu’à la fin de l’ouvrage pour tenter de démêler faits réels et licence littéraire du Dr. Watson. Le roman s’ouvre en effet sur un récit à la première personne de George Newnes, directeur du Strand Magazine et éditeur du Dr. Watson, nous expliquant comment il a été amené à publier le journal de ce dernier pour la période des crimes attribués à Jack l’éventreur..

Au moment du récit de Newnes, Sherlock Holmes est mort (pour de bon cette fois ?), Watson est âgé mais plus rusé que gâteux et les lecteurs réclament à corps et à cris la publication de nouvelles aventures du détective. Si aucune date n’est précisée, un bref calcul à partir de l’âge de Newnes permet d’imaginer que l’on se trouve quelque part dans les années 1920, tandis que le journal du Dr. Watson couvre les six derniers mois de l’année 1888, soit la période des crimes classiquement attribués à Jack l’éventreur.

Dès que le journal démarre on est plongé dans une représentation très vivante de Londres à la fin du XIXème siècle donnée par le Dr. Watson qui couche sur le papier non seulement sa vision de l’enquête vécue de l’intérieur, ne manquant pas d’évoquer toutes les aberrations de cette dernière dans le traitement des preuves et de la situation mais aussi ses réflexions et soucis personnels, les cauchemars et hallucinations dont il semble être la proie, ses actions et ses doutes… Le bon docteur en devient presque flippant… Loin d’un compte-rendu froid et clinique, ce texte long, dense et fourmillant de renseignements donne réellement au lecteur la possibilité de vivre ces quelques mois auprès des personnages.

Le portrait ainsi donné de Londres est rendu très pittoresque grâce à des descriptions truculentes, bourrées de détail qui rendent le récit incroyablement vivant sans l’alourdir. Le Dr. Watson ne fait pas vraiment dans la dentelle et certains détails sont un peu gore, Bob Garcia m’avait prévenue, mais personnellement, je ne suis pas du tout squeamish, donc pas de problème à ce niveau là.

Pour les âmes sensibles, je préfère quand même signaler que l’on a par exemple droit à la description d’une autopsie menée par Holmes, ou encore à un certain nombre de précisions plutôt imagées concernant les pratiques sexuelles des clients et clientes des prostituées de l’East End…

De nombreux détails propres à l’époque sont évoqués avec une grande précision et c’est un point tout à fait appréciable. En revanche, un point de détail m’a laissée perplexe alors que tout le reste est plutôt bien renseigné : vu la taille des pinces que l’on utilise lors d’une autopsie pour sectionner les côtes et les retirer en un bloc avec le sternum, oui parce qu’accessoirement il y a le sternum dans le milieu et tout un tas de tissus, j’ai eu du mal à imaginer Holmes faire cela à mains nues comme le décrit le Dr. Watson…

Certes, le bonhomme est capable de redresser un tisonnier à la seule force de ses petits bras mais là j’ai eu du mal à visionner la chose. Cela me parait en outre incroyablement stupide et dangereux, imprécis, inefficace enfin, comme méthode…

Bref, entre la densité du texte et sa teneur, le résultat pourrait vite devenir au choix rasoir ou insoutenable. Heureusement, pour alléger tout cela, le récit ne manque pas d’humour. Le Dr. Watson semble manier le second degré et les jeux de mots avec beaucoup d’habileté.

J’ai vraiment souvent souri et même ri au fil de ma lecture et si le résultat est parfois un peu délirant ou un peu lourd il n’en est pas moins divertissant. Il faut vraiment accepter de se laisser embarquer par l’auteur et son humour très particulier.

En revanche, je n’ai pas été hyper convaincue par la représentation des personnages, qui vire souvent un peu trop à la caricature à mon goût. A tel point que j’oubliais parfois à qui j’étais censée avoir affaire… Alors certes le résultat est drôle et c’était très certainement le but recherché, mais cela a fini par me lasser.

Watson est vraiment un crétin fini qui ne comprend rien à rien et sert de victime à un Holmes pas très sain et désagréable au possible qui prend plaisir à couvrir son colocataire de ridicule… C’est dommage, parce qu’autant j’ai globalement apprécié l’humour de ce texte, autant j’aurais aimé un peu plus de finesse dans la caractérisation des personnages. Si bien qu’il m’arrivait constamment d’osciller entre l’hilarité et l’agacement, ce qui a plus d’une fois fait retomber mon enthousiasme au cours de ma lecture.

Je me rends compte que je n’ai pas vraiment parlé de l’intrigue jusque là pour ne pas livrer de spoiler, mais avant de refermer ce billet, je veux tout de même en évoquer un point. En effet, j’ai vraiment beaucoup aimé que la fin propose une explication satisfaisante au mystère, sans être la seule envisageable.

En effet plusieurs éléments peuvent pousser le lecteur à imaginer que Watson a menti, au moins partiellement. Mais à quel moment et pourquoi ? SPOILER : Dans les années 1920, dans un but financier ? Au moment de la rédaction de son journal pour protéger quelqu’un ? Mais alors qui ? Lui-même ? Holmes ? Quelqu’un d’autre ? Les possibilités sont multiples est c’est grisant de tenter de toutes les répertorier et questionner. Ca n’est pas la fin que j’attendais mais je l’ai trouvée satisfaisante parce qu’elle a su me surprendre et évite plutôt bien les écueils habituels.

En bref…

Ce roman est très drôle et malgré quelques lourdeurs, Duel en enfer m’a fait passer un bon moment. Je ne manquerais d’ailleurs pas de découvrir les autres romans holmésiens de l’auteur.

Bob Garcia : site officiel

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Infos : Duel en enfer de Bob Garcia. Sorti en grand format chez les Editions du Rocher le 14 novembre 2008 et en poche chez J’ai Lu le 10 février 2010. 672 pages (poche). Edition papier : 8€ (poche).

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8 commentaires sur “Duel en enfer – Bob Garcia

  1. belette2911 dit :

    Je dois te dire que je ne l’avais pas aimé du tout, ce roman et que les avis étaient partagés dans les holmésiens, avec une majorité de « argh 😦 « .

    J’avais trouvé Watson rasoir, avec ses problèmes, totalement non gentleman avec la jeune gamine, Holmes un peu niais à la fin, et vraiment horrible dans la salle de dissection, et pas à cause des détails gore.

    Le final ne m’avait pas plu du tout… mais ceci n’est que mon avis personnel, sans remettre en cause la gentillesse ou l’accessibilité de l’auteur. 😉

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    • Méloë dit :

      Je peux comprendre sans problème que tu n’aies pas du tout adhéré ! C’est vraiment très particulier. Pas besoin de te justifier 😉 et si je n’avais vraiment pas du tout aimé, ça ne sont pas ces quelques mots échangés avec l’auteur qui m’auraient empêchée de l’exprimer en détails. Je t’avoue que je ne suis pas allée chercher l’opinion globale des holmésiens sur la question, parce qu’elle n’a rien à voir avec l’opinion que j’ai d’un bouquin. Je peux détester un truc unaniment encensé ou au contraire adorer ce que la foule considère comme un navet et je m’en contrefiche. Mais effectivement, puisque tu m’apportes l’information, je ne suis pas étonnée !

      Les personnages sont malmenés et ont un comportement souvent plutôt douteux. D’ailleurs je n’ai pas aimé non plus sa représentation de Watson et de Holmes mais à côté de ça, j’ai ri de ce que tu as visiblement trouvé horrible et j’ai trouvé les descriptions extrêmement vivantes.

      Autant, comme je le disais, j’ai été agacée par moments, autant j’ai globalement trouvé la chose divertissante et plutôt bien renseignée sur le plan historique.

      Je n’ai pas vraiment trouvé les éléments que je recherche dans un pastiche, mais à côté de ça j’ai été embarquée par l’enquête et malgré la taille du bouquin, j’ai trouvé que les pages se tournaient très facilement.

      En fait, je crois que ce qui m’a réussi c’est qu’à un certain point, j’ai totalement zappé dans mon esprit qu’il s’agissait d’un pastiche holmésien. Pour tout te dire, j’ai ajouté quelques paragraphes à mon billet à la dernière relecture, en réalisant que je n’avais pour ainsi dire absolument pas évoqué Holmes ou Watson. Du coup, je pense qu’ayant perdu cet aspect de vue, je me suis laissée portée par l’enquête en elle-même sans faire attentin aux personnages censés la mener.

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      • belette2911 dit :

        Il m’est arrivé de suivre les autres et d’acheter un livre encensé par tous, comme il m’est arrivé de le fuir (et d’y passer bien des années plus tard, sur base d’un stupide pari et d’avoir aimé le livre – Da Vinci – oui, j’assume ! 😆 )

        Ça dépend de mon humeur ou de qui m’en parle, il y a des blogueurs à qui je fais plus confiance et qui me feraient lire l’annuaire téléphonique de Saint-Ambroisine s’ils me le recommandaient. 😀

        Autant j’avais aimé « le testament de SH » et autant j’ai aimé « penny blood », j’ai pas adhéré avec le duel en enfer et ça m’a fait chi** de ne pas aimer parce que j’étais toute folle à l’idée de lire un duel Sherlock/Jack… alors, ma déception était à la hauteur de mes attentes.

        Rencontrer un auteur, rire avec lui, le trouver sympa ou alors discuter avec lui sur FB, ça peut bloquer lorsqu’on doit critique son livre qu’on a pas aimé.

        Par contre, j’ai bien aime le personnage de Joseph Merrick (qui se trouve dans le livre, si je ne confond pas avec un autre). Je l’ai « revu » dans la saison 2 de Ripper Street et j’ai ressenti une profonde empathie pour le personnage.

        Dans le livre, les moments à attendre le meurtre de MJK furent longs et je m’embêtais ! 😦

        Watson et Holmes sont passé à des lieues de moi, j’ai pas accroché à eux, ce qui est dommage.

        Mais bon, tout cela reste des avis personnels, comme on le dit toujours. Et vu que je collectionne Sherlock, j’achète et je ne vends jamais ! 😉

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        • Méloë dit :

          J’ai aussi adoré Da Vinci Code… Même si j’ai eu des trucs à reprocher au bouquin après coup, c’était un super moment de lecture !

          Après, tu dis aussi un truc très juste : l’humeur dans laquelle on se trouve au moment de lire un bouquin, ça change tout et je sais qu’à quelques semaines près, je n’aurais surement pas eu le même ressenti.

          Tu te souviens bien : c’est bien dans ce livre que l’on rencontre Merrick (je n’en ai pas parlé mais j’ai adoré ces scènes), et tu vois, c’est justement ce genre de détails fascinants qui font que je suis facilement passé outre tous les trucs qui ne m’ont pas plu. Et j’ai beau ne pas avoir aimé non plus son Holmes et son Watson, la balance s’est ainsi équilibrée pour moi grâce à tous les petits ingrédients « d’époque » qui m’ont parlé.

          En tous cas, c’est très intéressant d’en discuter avec toi.

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          • belette2911 dit :

            Merci 😳

            Oui, niveau « vie » d’alors, c’est plus mieux que ce qu’on apprend dans les romans canoniques… ACD n’était pas très prolixe à ce niveau là 😉

            Merrick m’a toujours fasciné, depuis que j’avais vu le film « elephant man », ça m’avait fait un choc. Le lire dans le livre m’avait fait plaisir et le revoir dans Ripper Street m’en a fait un autre, de choc. j’ai failli chialer à la fin, c’est te dire !

            En effet, l’esprit et surtout l’état d’esprit est important avant de commencer une lecture et si en plus on a des attentes précises et qu’elles ne s’y trouvent pas, ça fou tout en l’air.

            j’ai aimé moi aussi des livres que j’aurais descendu en masse à un autre moment. Da Vinci avait des défauts, mais je l’ai lu en tant que roman divertissant, pensant le détester mais mon libraire avait raison, j’ai aimé. 😀

            Par contre, les petits éléments du livre n’ont pas contrebalancé le reste. J’avais trouvé Watson mièvre avec ses pensées et Holmes pas terrible. Ce n’était pas le Holmes que j’aimais.

            J’avais apprécié que l’on nous parle de la construction du metro, par contre ! Mais le coupable, ben, je le trouvais un peu « court » si tu vois ce que je veux dire… 😉

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  2. Dorothée dit :

    Je ne suis pas tentée… L’éventreur, on y reviendra toujours (et on ne saura jamais qui c’est, n’en déplaise à Patricia Cornwell!), et sur le sujet, c’est Jô soares qui a le mieux traité le sujet du match Holmes-L’éventreur avec le pastiche « Elementaire ma chère Sarah » (mais comme c’est un pastiche, le pauvre Holmes en prend plein la figure !)…

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