How to be Sherlock Holmes – BBC4 – 2014

How to be Sherlock Holmes - Timeshift

L’émission :

Depuis 100 ans, plus de 80 acteurs ont prêté leurs traits au plus grand détective du monde : Sherlock Holmes. Bon nombre d’entre eux ont prêté au personnage des détails (comme la pipe calebasse ou la réplique culte ‘Elémentaire, mon cher Watson’) qui n’apparaissaient pas dans les récits de Conan Doyle et lui sont pourtant aujourd’hui étroitement liés.

En retraçant l’évolution du personnage à l’écran, des premiers films muets aux adaptations les plus récentes pour le cinéma ou la télévision, Timeshift démontre comment notre vision actuelle de Sherlock Holmes dérive autant de ces diverses représentations que des histoires originelles.

Un extrait :

L’avis du consulting blogger :

Timeshift est une série documentaire britannique diffusée sur BBC4 et s’intéressant à chaque fois à un aspect de l’histoire sociale ou culturel du Royaume-Uni. Il semblait donc logique qu’un numéro soit consacré à Sherlock Holmes ! Et quelle meilleure date pour diffuser ce numéro que le 12 janvier peu après His Last Vow, pour ceux qui encore sous le coup du choc émotionnel, n’étaient pas prêts à s’endormir ? Personnellement, je l’ai tranquillement téléchargé dans l’Iplayer pour le regarder quelques jours plus tard, plus par curiosité qu’autre chose et j’ai finalement bien plus apprécié que je ne le pensais.

Le truc c’est que malgré un pitch très intéressant, je voyais mal comment ils pouvaient faire le tour de la question en une heure et puis de l’extérieur, la chose semblait quand même très fortement ‘orientée’ on va dire, genre plus gros coup de pub pour la série Sherlock qu’autre chose. Et cette crainte a failli se voir confirmer par les premières images, mais finalement le résultat est plutôt équilibré (même si clairement il a fallu faire un choix quant aux adaptations présentées et que celui-ci n’est pas forcément des plus orignaux).

Alors certes, les extraits de la série Sherlock sont nombreux (ce sont même eux qui ouvrent et referment le documentaire), certes Mark Gatiss et Benedict Cumberbatch sont deux des intervenants principaux mais on parle vraiment de plein d’autres choses avec divers intervenants qui ont tous des rapports très différents au sujet (journalistes, auteurs, acteurs, accessoiristes…) et c’est cela qui est intéressant : cette mosaïque de connaissances et de points de vue.

Sur le plan de la forme, les auteurs ont choisi d’aller au plus classique : une exploration chronologique des différentes adaptations des aventures de Sherlock Holmes, ce qu’elles reflètent de leur époque et ce qu’elles ont apporté à l’image que l’on peut avoir du personnage, ce qui s’est avéré très pertinent. On réalise ainsi à quel point chaque adaptation correspond à un état d’esprit, un contexte particuliers et du coup, chaque génération a son adaptation de référence.

D’ailleurs j’ai beaucoup aimé une réflexion d’Amanda Field (auteur de The Wartime Films of Sherlock Holmes. J’ai globalement beaucoup aimé ses interventions : elle est érudite mais pas du tout pédante et on a juste envie de passer des heures à discuter avec elle.) qui dit que notre Sherlock Holmes préféré c’est souvent celui avec lequel on a grandi.

En gros, on ne peut pas dire objectivement ‘c’est untel qui propose la meilleure version du personnage’ ou ‘telle adaptation est plus holmésienne que telle autre’ parce que dès le départ chacun de nous a une vision bien personnelle de Sherlock Holme et reste généralement fidèle à la première interprétation découverte parce que c’est celle qui sert de modèle, qui fixe le personnage dans notre esprit même si on a lu les bouquins avant. De même que les illustrations de Sidney Paget ont rempli ce rôle pour les lecteurs originaux, aujourd’hui ce sont les films et séries qui façonnent l’image que l’on peut avoir du personnage. Chacune apportant un nouveau détail, une nouvelle caractéristique qui finira par être immédiatement associée au personnage dans l’esprit du spectateur même s’il s’agit de quelque chose qui n’apparait pas du tout dans le Canon.

C’est le propos même du documentaire, en fait, qui est résumé dès les prémières minutes. La suite ne viendra apporter qu’une série d’exemples pour illustrer cela. Et l’on commence donc à l’époque victorienne avec les premières illustrations et le narrateur qui insiste sur l’importance que le personnage a immédiatement acquis pour le public. Il en profite pour nous rappeler à quel point dès le départ le fandom était bien atteint : port de brassards de deuils par ces Messieurs de La City, annulations en masse d’abonnements au Strand, agressions d’Arthur Conan Doyle dans la rue…

Au passage, j’ai énormément aimé les parallèles que tire Mark Gatiss entre l’époque victorienne et la notre : c’est intéressant et très finement observé même si la comparaison ne saute pas forcément immédiatement au yeux (et désormais, quand j’enverrais un SMS, j’aurais toujours le sentiment d’envoyer un télégramme, ce qui est terriblement plus romantique, vous en conviendrez !)

Sont ensuite évoqués les premiers films muets et surtout la pièce de William Gilette pour l’influence qu’elle a eu sur toutes les adaptations qui lui ont succédé. Tim Piggot-smith (Watson dans la reprise 1970s de la pièce) nous explique entre autres choses, pour quelle raison Sherlock Holmes est souvent représenté avec une pipe calebasse n’apparaissant pas dans le Canon. William Gilette avait choisi ce modèle de pipe pour des raisons purement pratiques : la pipe recourbée passait mieux visuellement qu’une pipe droite puisqu’elle dégageait le bas de son visage. C’est également à William Gilette que l’on doit le fameux Elementaire mon cher Watson. On apprend aussi une anecdote que j’ignorais personnellement : pour la tournée anglaise, le jeune Billy était interprété par Charlie Chaplin enfant !

Un truc intéressant aussi que l’on apprend c’est que finalement, les adaptations se déroulant à l’époque victorienne sont presque l’exception : des premiers films muets à la série de films avec Basil Rathbone et Nigel Bruce, très souvent les réalisateurs ont fait le choix de transposer les aventures de Sherlock Holmes à l’époque contemporaine du tournage (ce qui prouve une fois de plus que ce sont des personnages, des thèmes intemporels). Sherlock et Elementary (dommage que la série ne soit pas du tout évoquée. On serait jaloux à la BBC ?) malgré l’étiquette révolutionnaire qu’on veut parfois leur coller n’ont rien inventé en fait. C’est intéressant de le rappeler. Cela remet les choses en perspective et c’est dommage de voir que toute une partie de ces films n’a pas survécu jusqu’ à nos jours.

Il est aussi question en vrac de la version Hammer du Chien des Baskerville (avec une interview de la personne ayant fabriqué le masque du chien : Margaret Robinson, une vieille dame absolument charmante), de la série BBC des années 1960s avec Douglas Wilmer dans le rôle de Sherlock Holmes), de l’influence des comics sur les adaptations à partir des années 70s, de Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur (que je n’ai personnellement pas aimé ), de La solution à 7% et de La vie privée de Sherlock Holmes, l’une de mes adaptations préférées (Christopher Lee intervient d’ailleurs assez longuement et a visiblement beaucoup d’affection pour le personnage, ce qui est très chouette). Mark Gatiss nous en parle assez longuement, évoquant sa fascination pour ce film et l’importance qu’il a eu dans la création de la série Sherlock.

Le dernier long focus concerne évidemment la série de la Granada, avec Jeremy Brett dans le rôle de Sherlock Holmes, sur laquelle, bien sûr, tout le monde a voulu s’exprimer. C’est impressionnant de voir comment elle a marqué et touché les générations. Trop jeune au moment de sa diffusion originale, je ne l’ai découverte qu’il y a quelques années, mais cette série reste irremplaçable, alors qu’elle n’est pas sans défauts et petites infidélités, mais Jeremy Brett est tellement habité par son rôle ! C’est impressionnant !

J’ai trouvé très intéressant aussi de découvrir comment Benedict Cumberbatch voit son rôle parce qu’au cours de ce documentaire, on réalise que chaque intervenant a une vision bien spécifique du personnage et cela vient encore plus appuyer justement les propos d’Amanda Field que j’évoquais au début de ce billet. Chaque acteur insuffle au personnage un petit bout de lui en fonction de ce qu’il pense partager avec le personnage (Douglas Wilmer -je crois- pousse cela à son paroxysme lorsqu’il déclare If you don’t like my Holmes, you don’t like me) ou de ce qu’il croit nécessaire et c’est cela qui donne cette variété de représentations si fascinante.

Bref, un documentaire intéressant, avec des interventions variées et pertinentes et des extraits judicieusement choisis. Une très bonne surprise alors que je partais avec un a priori plutôt négatif ! J’ai particulièrement aimé les interventions toujours utiles et captivantes de Matthew Sweet, un journaliste ayant un doctorat en littérature à sensation (j’adore !).

Le site officiel de l’émission

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5 commentaires sur “How to be Sherlock Holmes – BBC4 – 2014

  1. belette2911 dit :

    Extra ton article, bien que je n’ai pas vu ce reportage, entièrement dans la langue de Sherlock, of course ?? 😦

    La pipe calebasse et le réplique, je le savais de par la SSHF et ses articles, pour Billy « Chaplin », c’est sur le site consacré à Jeremy Brett que je l’avais lu et cela faisait partie des questions posées dans le grand questionnaire de la SSHF. 😉

    Merci de nous en avoir parlé.

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  2. Caro Bleue Violette dit :

    Si notre Sherlock Holmes préféré est celui avec lequel on a grandi, alors pour moi c’est celui de 3La Vie privée de Sherlock Holmes », parce que c’est mon adaptation favorite…enfin, était, parce que je pense qu’elle va être détrônée par « Sherlock » 🙂

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    • Méloë dit :

      J’aime aussi beaucoup le Holmes de ‘La vie privée…’ qui a d’ailleurs beaucoup inspiré le Sherlock de la série BBC. En revanche, je suis à peu près incapable de choisir une seule interprétation. Autant il y en a que je n’aime pas du tout, autant mes favorites se complètent en résentant diverses facettes du personnages et du coup je suis incapable de n’en sélectionner qu’une.

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