221b – Vincent Starret

221B - poème Vincent Starrett

Le poème :

Vincent Starrett (1886 – 1974), journaliste américain, est l’un des fondateurs de ‘The Hounds of Baskerville’, une section locale des BSI à Chicago. Auteur de divers ouvrage sur Sherlock Holmes, il a également publié en 1942 le célèbre poème 221b.

L’avis du consulting blogger :

J’évoquais ce poème dans mon récent billet sur le roman de Graham Moore, 221b Baker Street. Au moment de rédiger cette chronique, il m’a semblé impensable de ne pas consacrer enfin un billet à ce texte. Je ne sais d’ailleurs même pas comment je n’ai pas pris le temps de le faire plus tôt (enfin si je sais : j’ai un tel nombre d’idées d’articles dans mes brouillons que certains projets pourtant chers à mes yeux restent oubliés de longs mois). Voici donc enfin venu le temps de combler ce manque.

Vous allez peut-être me trouver insupportablement romantique mais je suis irrémédiablement amoureuse de ce poème. Cela-dit, il a été tellement cité et utilisé en exergue de pastiches et divers textes ayant trait à Holmes que je suis parfois un peu triste et déçue de le voir ainsi galvaudé. Il en devient presque un cliché un peu kitch du monde imaginaire dans lequel on imagine parfois que les holmésiens sont enfermés, une banalité à laquelle on ne prête plus vraiment attention, alors qu’il s’agit d’un texte magnifique.

C’est aussi un peu pour cela aussi que je n’en ai pas parlé plus tôt. Je ne voulais pas l’évoquer ici par quelques sentiment d’obligation parce qu’il serait de bon ton de le citer. Je voulais attendre de trouver la bonne occasion pour essayer de vous faire passer à quel point ce texte occupe une place importante dans mon mind atticJ’ai finalement choisi de vous parler de ce poème parce que je l’adore et qu’il me touche beaucoup.

J’ai toujours eu un faible pour la poésie en langue anglaise. Je trouve que le rythme et les sonorités de la langue se prêtent bien à cette forme littéraire et même lorsque je ne prends pas le temps de m’attacher à saisir le sens de chaque mot, de chaque vers, je trouve ça incroyablement beau et plaisant à l’oreille.

Ici, c’est encore meilleur parce qu’en plus, le texte est magnifique : cette vision romantique et surrannée d’une Londres qui a depuis bien longtemps disparu (pour peu qu’elle ait jamais existée), l’idée que ces personnages extraodinaires sont intemporels et continueront à exister quelle que soit la direction que prend le monde aussi longtemps que des gens continueront à croire en eux et à les aimer… cela me parle et me correspond. Il est réconfortant ce poème, il donne envie de fermer les yeux et de se laisser emporter encore une fois dans cet univers qu’il évoque parce que même si l’on vous dit partout qu’on est en 2014 depuis hier, vous savez aussi bien que moi que l’on sera toujours en 1895 si on le souhaite.

Bref, un petit trésor à prendre le temps de (re)découvrir et à savourer.

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9 commentaires sur “221b – Vincent Starret

  1. belette2911 dit :

    Et pour les unilingues, on fait comment ?? 😀 Moi rien comprendre à la beauté du texte puisque je capte mal l’anglais…

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    • Méloë dit :

      oops, pardon, j’ai encore oublié les unilingues :/ Visiblement, un membre de la SSHF l’a traduit, donc à voir peut-être sur le site de la quincaillerie… Sinon, il serait également présente dans l’ouvrage Etudes en noir…

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      • belette2911 dit :

        Je vais aller dans la quincaillerie, maintenant que tu le dis, il me semble l’avoir lu une fois, il y a trèèèèèèèèèèèès longtemps.

        Étude en noir ? Je l’ai pas, ça. Rhôôô, shame on me !

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      • belette2911 dit :

        Dingue, je suis sur le Net et je ne pense même pas à demander à Google, c’est comme quand je cherche désespérément mes clés que j’ai en main 👿

        221b (Vincent Starrett)

        Ici vivent ensemble, ces deux hommes de bien
        Qui pour n’avoir vécu, à jamais ne mourront
        Comme ils nous semblent proches, et pourtant elle est loin
        Cette époque d’avant que le monde ne s’effondre

        Mais la chasse reste ouverte, si l’oreille exercée
        Peut entendre au lointain la trompe résonner
        l’Angleterre est bien l’Angleterre, malgré toutes nos peurs
        Seules subsistent les choses en lesquelles croit le coeur

        Une brume jaunâtre s’enroule derrière la vitre
        Quand la nuit se répand sur la rue légendaire
        Un fiacre solitaire fait rejaillir la pluie
        À quelques pas vacille l’éclat des réverbères

        Tandis qu’explose le monde, survivent deux hommes de bien
        Pour toujours en 1895

        221b, Vincent Starrett, traduction de Marc Bourdet.
        On retrouve ce texte dans deux ouvrages: L’homme qui était Sherlock Holmes de Ely M. Liebow, Éditions Baker Street; et 221b Baker Street de Graham Moore, Éditions Cherche Midi.
        http://www.unthealabiblio.com/pages/livres/poesie/poemes-sur-sherlock-holmes.html

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        • Méloë dit :

          Dans 221b Baker Street, le poème n’est pas présent au complet, par contre. Et c’est très drôle que cette traduction soit de Marc Bourdet : j’ai justement passé l’après-midi avec lui, hier ! Mince, si j’avais su je lui en aurais parlé !

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      • belette2911 dit :

        Un autre….

        Poèmes sur Sherlock Holmes

        Deux auteurs (si vous en connaissez d’autres, faites-moi signe!) ont consacré un jour ou l’autre un poème au personnage de Sherlock Holmes. Il y a l’auteur argentin Jorge Luis Borges, un poète éclectique et holmésien. Et aussi l’américain Vincent Starrett qui a publié, entre autres, La vie privée de Sherlock Holmes.

        Voici donc les deux poèmes que je vous propose de découvrir:
        Sherlock Holmes (Jorge Luis Borges)

        Sans mère qui l’enfante et sans souci d’ancêtres,
        (identique est le cas de Quichotte et d’Adam)
        il est fils du hasard. Immédiat, imminent,
        les songes des lecteurs multiples sont ses maîtres.

        Nul n’a tort de penser qu’il naît juste à l’instant
        où tel autre le voit qui dira son histoire,
        et qu’il meurt à chaque éclipse de la mémoire
        de nous qui le rêvons. Il est plus vide que le vent.

        Chaste, ne sachant rien des choses de l’amour,
        cet homme si viril a renoncé à l’art
        d’aimer. À Baker Street il vit seul et à part.
        l’oubli, cet art encore, lui fait défaut toujours.

        Un Irlandais l’imagina, sans l’aimer guère,
        et puis tenta, dit-on, de le tuer. En vain.
        cet homme, ce reclus, poursuit, la loupe en main,
        son étrange destin tronqué, à sa manière.

        Il vit sans relations, mais sans que l’abandonne
        la ferveur d’un dévot, son vieil évangéliste
        qui de tous ses miracles sut dresser la liste.
        Il vit commodément : en troisième personne.

        Il ne va plus aux bains. Hamlet, en Danemark
        où il devait mourir, fuyait ces lieux aussi,
        lui qui ne savait presque rien de ce pays
        du glaive et de la mer, du carquois et de l’arc.

        (Omnia sunt plena Jovis. De pareille façon
        dirons-nous de ce juste auquel songent ces vers,
        que son ombre fragile habite les divers
        domaines désunis de la sphère en tronçons.)

        Il attise dans l’âtre une brassée de flammes
        ou met à mort parmi la lande un chien d’enfer.
        Il ne sait pas qu’il vit sans fin, cet homme fier.
        Il devine des riens et file l’épigramme.

        Il vient à nous d’un Londres de gaz et de bruine,
        un Londres qui se voit capitale d’empire,
        et l’intéresse peu, d’un Londres qui respire
        le mystère et ne veut pas savoir qu’il décline.

        Ne nous étonnons pas. Quand passe l’agonie,
        le sort ou le hasard (qui sont la même chose)
        à chacun d’entre nous, chance étrange, propose
        d’être une ombre, un écho qui meurt avec la nuit.

        Qui meurt jusqu’à ce jour final où c’est l’oubli,
        notre ultime horizon à tous, qui nous dénoue.
        Avant qu’il vienne, il faut jouer avec la boue
        d’être un temps, d’être encore et d’en avoir fini.

        Penser, un soir ou l’autre, à Sherlock Holmes est une
        de ces bonnes manies qui nous restent. La mort
        avec la sieste, aussi. Et notre réconfort,
        de respirer dans un jardin, de voir la lune.

        Sherlock Holmes, dans l’ouvrage Les Conjurés, précédé de Le Chiffre, Jorge Luis Borges, Éditions Gallimard, traduction de Claude Esteban

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