Les abeilles de Monsieur Holmes – Mitch Cullin

Les abeilles de Monsieur Holmes

(livre lu en VO)
(titre VO : A Slight Trick of The Mind)

Le livre :

Sussex, 1947. Sherlock Holmes vit retiré d’un monde dont les mutations et le tapage absurde lui échappent de plus en plus. Seuls le préoccupent à présent ses abeilles, l’écriture et le déclin de sa mémoire. Mais certains êtres cherchent encore auprès de lui des réponses essentielles sur la vie, l’amour ou les limites terriblement humaines de la raison, provoquant la résurgence d’émotions que Holmes avaient si longtemps enfouies, fissurant sa maîtrise légendaire…

L’avis du consulting blogger :

C’est l’annonce d’il y a quelques semaines qui m’a poussée à faire remonter cet ouvrage en haut de ma wish-list, avant qu’il ne rejoigne le fond de ma PAL. Je l’ai finalement sorti la semaine où je ‘fêtais’ mon anniveraire. Déprimée et grincheuse au possible à l’idée de prendre un an de plus, j’étais typiquement dans l’humeur voulue pour ce type de lecture. Et en entamant mon livre, j‘étais assez curieuse de découvrir ce qu’il renfermait et de voir comment j’allais y réagir, parce que visiblement les précédents lecteurs ont eu des avis assez extrêmes, du plus pur enthusiasme aux plus acerbes critiques…

Bilan… je ne me retrouve ni d’un côté ni de l’autre… J’ai même énormément de mal à rassembler mes idées au moment de rédiger ce bilet tant ce livre m’a laissée perplexe et indécise… Du coup, je compte un peu sur cette chronique pour m’aider à y voir plus clair et réellement pouvoir passer à autre chose.

Sherlock Holmes vieil homme, c’est une image que j’adore, qui me touche beaucoup et que je rêve de voir plus régulièrement abordée. Mais paradoxalement, c’est aussi quelque chose que j’ai un peu de mal à me représenter, du coup je comptais beaucoup sur ce roman pour m’aider à former cette image dans mon esprit. Au final, je n’ai pas été tout à fait convaincue par le portrait proposé par Mitch Cullin. Le personnage central de ce récit est touchant dans sa décrépitude, ses faiblesses, sa solitude mais en même temps je n’ai pas vraiment reconnu Holmes.

Pourtant les anciennes affaires sont évoquées, l’histoire se déroule dans le Sussex où Holmes élève des abeilles… donc on a bien des éléments directement issus du Canon, mais je ne sais pas, j’ai eu du mal à rattacher ces deux représentations du personnage, à reconnaitre mon consulting detective dans ce vieil homme fatigué. Je ne m’attendais évidemment pas à le voir galoper en tous sens, à résoudre mille et une affaires, hein, mais je sais pas… j’attendais autre chose, un personnage plus reconnaisable, mais là le portrait ne m’a pas vraiment convaincue.

De même, je suis restée perplexe face à un certain nombre de choix majeurs de l’auteur : Lorsque le récit débute, Holmes revient d’un séjour au Japon et s’ensuit toute une description du pays post WWII, dont je n’ai pas bien compris l’utilité : pourquoi envoyer Holmes au Japon ? Pourquoi lui faire rencontrer ces personnages ? Qu’est-ce que cela apporte à l’histoire ? Cet épisode, l’un des trois majeurs du livre n’est pas inintéressant, ça n’est pas le problème. C’est juste que j’ai eu beaucoup de mal à lui trouver une justification.

Cela a d’ailleurs régulièrement été le cas tout au long de ma lecture, je n’arrêtais pas de me demander ‘pourquoi tel événement ? Qu’apporte-t-il à l’histoire, au personnage ? Pourquoi telle réaction de la part de Holmes ?’ : SPOILER : Par exemple, le mensonge qu’il choisit d’inventer pour le bénéfice de son hôte japonais m’a laissée  totalement perplexe. Pourquoi a-t-il ressenti le besoin de créer cette histoire ? J’ai eu l’impression que cela ne collait pas au personnage ou tout du moins à l’image que je peux avoir de lui. Je n’ai pas réussi à comprendre ce que Mitch Cullin voulait raconter, montrer de Sherlock Holmes à travers les trois épisodes de sa vie qu’il choisit de nous raconter.

Pourtant, le livre est un véritable bonheur à lire, parce que la plume de Mitch Cullin est absolument sublime. Il y a un travail formidable sur la syntaxe, le choix du vocablaire…. : on entend littéralement les personnages s’exprimer, chacun selon son accent. C’est une langue très poétique, très belle. Le texte est lent, très contemplatif et j’ai trouvé que cétait tout à fait adapté au sujet. Il y a tour à tour une grande sérénité et une grande mélancolie qui se dégagent de ce texte et le lecteur est vraiment transporté. C’est tout simplement beau et des passages m’ont même mis les larmes aux yeaux tellement ils sont magnifiquement bien écrits. Il y a beaucoup d’humour aussi et c’est typiquement le livre que l’on a envie de découvrir par une après-midi pluvieuse, à l’abri sous sa couette avec une tasse de thé fumante.

Paradoxalement,  malgré cette lenteur, l’ouvrage se lit très vite et malgré l’aspect décousu du récit, le lecteur n’est jamais perdu. En fait on ne cesse de faire des allez-retours dans la mémoire de Holmes, du coup la timeline du récit n’est pas du tout linéaire mais pas pour autant compliquée à suivre. C’est un excellent choix d’ailleurs que de nous trimballer comme cela de pensée en pensée. En effet, le récit a beau être à la troisième personne, c’est clairement le point de vue de Sherlock Holmes que l’on découvre et il y a un passage très touchant au début de l’ouvrage lorsque l’on découvre en même temps que lui que sa mémoire lui a une fois de plus fait défaut. Rien ne nous y prépare directement et c’est d’autant plus fort.

ATTENTION, légers spoilers dans les paragraphes suivants, parce que je n’ai pas pu faire autrement. Si vous ne voulez pas en savoir plus, rendez-vous à la conclusion, un peu plus bas.

On avance, on recule suivant le fil décousu de ses pensées, du présent aux semaines précédentes avant de plonger dans un passé plus lointain, où il a fait la brève connaissance d’une femme dont il est tombé amoureux sans  que cela n’aille plus loin. Un jour Holmes a été troublé par une femme qui n’aurait jamais pu être sienne et qui ne l’a jamais connu que sous l’un de ses nombreux déguisements. C’est très touchant de voir que cet homme n’a jamais été doué avec les émotions et leur expression, qu’il n’a jamais su aimer : la seule fois que cela se produit, c’est sous un masque. Pourtant, il tient à John, à Roger… et ce qui le lie à ses personnages est sans aucun doute une forme d’amour, mais il s’empêtre dans ce qu’il ressent et la façon de le dire et puis la raison l’emporte toujours alors il passe pour un être froid et détestable.

A ce moment là, j’ai déjà un peu plus reconnu le personnage, même si sur le moment je n’ai pas été convaincue par l’explication quant à l’origine de sa passion pour l’apiculture liée à cet épisode de son passé. C’est finalement en rédigeant ce billet que j’y vois un peu plus clair et que ce détail trouve enfin sa justification à mes yeux.

Cette passion un peu curieuse et consummante pour un sujet si pointu, basé sur un détail presque anodin du passé mais qui prend pour Holmes des proportions énormes c’est quelque part un moyen de sublimer, de compenser cette relation rêvée qui par essence n’aurait jamais pu dépasser le virtuel parce que les circonstances ne le permettaient pas, pas plus que le caractère de Holmes. Il est quelques part resté bloqué sur cet épisode de sa jeunesse, sans réussir à le dépasser. En tous cas, c’est comme cela que je vois finalement les choses telles qu’elles sont présentées dans le roman, sans que cela soit forcément ma vision des choses pour autant.

Bref, un ouvrage étrange, très agréable à lire, marquant mais qui ne m’a pas incroyablement emballée non plus. Je crois que j’attendais quelque chose d’assez différent en fait. Trop de points sont restés injustifiés à mes yeux. En revanche, j’ai toujours aussi hâte de découvrir le film parce que je pense qu’à l’écran ça peut vraiment bien fonctionner et que pour le coup, maintenant que son nom a été révélé, je n’arrive pas à imaginer qui que ce soit d’autre que Sir McKellen en Sherlock Holmes âgé.

NB : Cet ouvrage édité en français par les éditions naïve, il y a quelques années, n’est acteuellement plus disponible, mais on peut raisonnablement penser qu’avec l’adaptation en film qui se prépare, une réédition sera bientôt proposée.

L’adaptation : annonce du projet, photo et news du tournage, extrait et critiques

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5 commentaires sur “Les abeilles de Monsieur Holmes – Mitch Cullin

  1. belette2911 dit :

    En effet, les critiques étaient mitigées et je n’avais jamais poussé le vice jusqu’à le commander, espérant tomber un jour dessus dans une bouquinerie…

    J’ai toujours envie de le lire car tu nous en parle de manière correcte, sans l’encenser ou le descendre, ce qui titille ma curiosité…

    Holmes amoureux ?? Rhââ, lovely 😀 Par contre, tu notes « cet home », en oubliant le second « m » (coincé dans le clavier), ce qui donne le jeu de mot avec l’endroit où on ira lorsque nous serons vieille.

    Moi aussi j’ai pris un an et j’aime pas prendre un an, je le sens ! Alors, bon anniversaire quand même 😉

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    • Méloë dit :

      Oups, je vais corriger ça. Mon clavier bugge un peu (miettes de pain et d’autres choses en cause…) et ce genre de fautes de frappe m’arrive très souvent.

      Si tu le trouves en bouquinerie, n’hésite pas car certains passages sont très intéressants et globalement je n’ai rien trouvé de critique à lui reprocher. C’est plus que j’ai eu l’impressions de ne pas toujours bien suivre l’auteur. Mais si ça se trouve, tu adhèreras bien plus que moi.

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      • belette2911 dit :

        De toute façon, vu que je suis une collectionneuse dans l’âme, je prend tout ! J’aime mieux me faire mon avis moi-même.

        Rassure-toi, les fautes de frappe, j’en fait tout le temps 😀

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  2. Ida dit :

    Et bien… Malgré vos doutes et grâce à votre avis très mesuré, j’ai bien envie de le lire ce livre…
    J’aime bien les livres bien écrits et attachés à nous embarquer dans une athmosphère particulière. Ces qualités m’amène vite à pardonner les petites faiblesses éventuelles de l’intrigue. Il va falloir se dépêcher pour le trouver car en général lorsqu’une adaptation ciné sort… le bouquin est introuvable pendant quelques temps.

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    • Méloë dit :

      N’hésitez pas à découvrir ce livre ! Il ne m’a pas enchantée, certes, mais mon avis n’est que cela : un avis tout à fait personnel. Ce livre à des qualités (sans doute même plus que je n’ai su lui en voir) et attend d’être découvert par de nouveaux lecteurs. Je serais ravie de savoir ce que vous en avez pensé.

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