Un certain Dr. Watson – David Stuart Davies

un certain docteur watson - David Stuart Davies(livre lu en français)
(titre VO : The Veiled Detective)

Le livre :

Médecin militaire en Afghanistan eu 1880, John Walker fuit l’horreur des combats pour se réfugier dans l’alcool. Déshonoré, il est chassé de l’armée et renvoyé en Angleterre. Lors du voyage de retour, il tombe entre les mains d’un mystérieux réseau aux activités troubles. Il découvre bientôt que le chef est le professeur Moriarty, qui le rebaptise Watson et lui confie la mission d’espionner un jeune détective ;dont la réputation ne cesse de croître à Londres, Sherlock Holmes. Mais Watson et Holmes se lient bientôt d’amitié le docteur s’efforce alors de se défaire de l’emprise de Moriarty entreprise mortelle…

L’avis du consulting-blogger :

J’avais repéré ce roman sur Amazon bien avant sa sortie, trouvant l’idée sur laquelle son intrigue repose géniale et audacieuse à la fois. Le genre de concept qui peut donner naissance à un roman ébourriffant ou catastrophique en fonction de ce qu’en a fait l’auteur. Et puis les premiers avis ont commencé à pointer le bout de leur nez : celui de Belette, d’abord et puis celui de Pops un peu plus tard. Toutes les deux se sont montrées hyper enthousiastes, à tel point que c’est avec une grande curiosité et beaucoup d’impatience que je me suis jetée sur mon exemplaire, envoyé par les éditions Fetjaine, à l’occasion de la dernière Masse Critique de Babelio. Au final, si j’ai globalement beaucoup apprécié ce roman, je suis quand même beaucoup moins enthousiaste que mes deux collègues. Essayons de voir cela en détail…

C’est donc cette idée folle de faire du bon Dr. Watson un personnage plutôt sombre, qui se retrouve malgré lui à devoir agir en tant qu’agent de l’infâme professeur Moriarty, qui avait attiré mon attention. Cette idée me semblait totalement révolutionnaire et en même temps, je me disais que pourquoi pas ? Et il s’avère que c’est vraiment une bonne idée parce que cela permet d’envisager les personnages et leurs interactions sous un nouveau jour. J’ai vraiment aimé cela, découvrir ‘mes’ personnages ainsi ‘malmenés’. Cela permet de les découvrir de façon différente, d’attacher une importance nouvelle à des aspects de leur histoire ou de leur caractère que l’on avait jusque là négligés… On voit aussi leur amitié si intense de façon totalement différente à partir du moment où l’on considère qu’elle prend naissance dans des conditions totalement différentes de celles que l’on avait envisagé jusque là. C’est intéressant parce que globalement les personnages restent les mêmes. On les reconnaît, ils sont fidèles à leur caractère, à leurs habitudes mais en même temps on les redécouvre presque comme si c’était la première fois. C’est vraiment le point qui m’a énormément plu dans le travail de David Stuart Davies. On a presque l’impression qu’il connaît les personnages intimement pour pouvoir les retravailler ainsi tout en restant très crédible.

Cette idée pas si folle permet aussi d’expliquer certaines incohérences du Canon comme la blessure de Watson qui se déplace où pourquoi Moriarty semble sortir de nulle part dans Le dernier Problème tout en étant présenté comme un criminel d’envergure, un ennemi qui est sensé avoir planné sur l’ensemble des aventures précédentes. A tel point que peu à peu l’on en vient à se dire, ‘et si c’était vrai ?’. Par moments, David Stuart Davies est vraiment très convaincaint et on se met à penser que sa version des choses est finalement peut-être la bonne. Il a vraiment effectué un travail de réécriture soigné et bluffant. Il connaît très bien le Canon, le détourne et le réutilise avec humour et intelligence. Par exemple, Moriarty se présente ainsi : Je hais la morne routine de l’existence. Il m’arrive de me languir de l’excitation et de la frustration de l’échec, simplement pour avoir enfin à faire face à un défii à surmonter. Avec des capacités intellectuelles telles que les miennes, j’ai constamment besoin de défis, de situations stimulantes, qui me fassent envie. Que l’on me donne des dangers, que l’on me donne des risques, que l’on me donne une énigme, et me voilà dans mon élément. Cette auto-description ne vous en rappelle pas une autre? Perso, j’adore ! Cela-dit, l’auteur aurait pu aller encore plus loin, tirer encore d’avantage partie des lacunes du Canon, comme cette fois où Mary Morstan appelle son mari James et non John.

Bref, le récit de David Stuart Davies tient terriblement bien la route, alors que le sujet était très casse-gueule. Cependant, si je suis globalement moins enthousiaste que mes camarades, c’est qu’il m’a manqué un petit quelque chose pour être totalement grisée par ce que je lisais. Le problème c’est que j’ai trouvé le récit un poil déséquilibré : alors que l’auteur prend longuement le temps de lancer son idée, de la poser sur des bases solides pour réécrire de façon convaincante les premiers temps de la relation entre Holmes et Watson, il finit subitement par accélerer et précipiter le lecteur dans aux chutes de Reichenbach de façon assez incompréhensible. Tout va trop vite sans grande innovation et j’ai trouvé cette dernière partie pas particulièrement palpitante ni folichonne vue qu’elle n’apporte pour ainsi dire rien de nouveau par rapport au Canon.

J’étais pourtant vraiment ravie du début du roman. Je pensais alors que l’histoire allait se terminer tranquillement sur cette mise en place de la naissance du duo vue sous un nouveau jour et que l’on retrouverait les personnages placés dans cette configuration dans d’autres romans de l’auteur, histoire d’aller tranquillement vers Reichenbach et le hiatus. Cela aurait laissé le temps et la possibilité de travailler encore plus sur le développement de la relation entre Holmes et Watson sous l’éclairage nouveau de ce choix effectué par l’auteur. Mais là, on est bousculé de toutes parts, on nous débite le Canon à toute vitesse et paf le roman s’arrête. Cette fin trop rapide, qui ne colle pas du tout au rythme des pages précédentes m’a vraiment frustrée. J’aurais vraiment aimé que l’auteur continue de prendre son temps. Je ne me suis pas vraiment ennuyée dans la dernière partie de l’ouvrage parce que l’ensemble est fluide et se lit bien, mais mon enthousiasme était clairement retombée quand j’ai découvert ce vers quoi on se dirigeait et j’avais presque hâte de finir. Du coup, j’étais limite triste que cette fin ne soit pas à la hauteur du début qui m’avait tant plu. Bon, j’ai quand même globalement beaucoup aimé et je suis vraiment fan de l’idée de David Stuart Davies, mais cette fin me dérange vraiment et a quelque peu gâché ce qui aurait pu être un coup de coeur.

Bref, une idée terriblement audacieuse mais génialement traitée. Dommage que la fin soit si précipitée (sans mauvais jeu de mots) parce que du coup, c’est un souvenir en demi-teinte que je garde de cette lecture.

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13 commentaires sur “Un certain Dr. Watson – David Stuart Davies

  1. Dorothée dit :

    prière d’arrêter d’allonger ma liste de livres à lire 😉 ! J’ai l’impression que ce livre à les mêmes faiblesses que le dossier Holmes-Dracula! mais j’ai quand même envie de lire! et je suis prévenue! Je ne connaissais David Stuart Davies (je me demande s’il ne serait pas gallois, avec un tel patronyme ?!?) que comme anthologiste (carnacki et gentlemen-cambrioleurs – dont l’ami Lupin – entre autre) et j’aime beaucoup ses introductions (même s’il en dit trop et que je les lis souvent quand j’ai terminé les anthologies!), donc le découvrir en tant qu’auteur…
    Un livre de plus, un… J’aurais besoin d’un retourneur de temps, là, tout de suite! :p

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    • Méloë dit :

      Je râle, mais c’est franchement sympathique. C’est juste qu’après en avoir entendu tellement de bien, je m’attendais à quelque chose de vraiment exceptionnel.

      Et si tu reçois l’autorisation du ministère pour le retourneur de temps, je veux bien que tu me pistonnes. En avoir un me serait très utile aussi !

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      • Dorothée dit :

        C’est le problème, quand on me chante les louanges unanimes d’un livre ou d’un film, je me méfie toujours, car souvent je suis déçue! (le dernier Batman m’a ENORMEMENT déçue par exemple)…

        le ministère n’est malheureusement pas très coopératif 😦 !

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  2. belette2911 dit :

    C’était casse-gueule, mais j’ai bien aimé, pourtant, j’avais sorti les pincettes. Oui, on aurait pu avoir une centaine de pages en plus pour arriver plus doucement aux chutes, où continuer sur le deuxième roman… dans le second, le Watson en taupe manque, j’aimais bien l’idée, non di djû !

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    • Méloë dit :

      J’ai énormément râlé (parce que je ne sais pas faire autrement), mais j’ai quand même globalement bien aimé aussi, hein. C’est juste que je m’attendais à quelque chose de plus soigné encore vu tout le bien que j’en avais entendu et vu l’originalité de l’idée de départ.

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      • belette2911 dit :

        Oui, un petit développement de plus, quelques pages en plus, ou carrément ne pas résoudre l’affaire dans le tome 1 mais dans le deux, pour jouer avec nos nerfs.

        Mais s’il avait fait ça, on aurait dit qu’il jouait avec nos portefeuilles !! Comme l’auteur de XIII qui avait fait un album en deux juste pour en vendre un de plus….

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  3. Stephane dit :

    Tiens, c’est marrant, j’ai la même sensation dans son deuxième livre disponible en français, « Le livre des morts ». De bonnes idées, un excellent départ et un développement qui va en baissant et la fin… décevante, banale, presque hollywoodienne ? Il (on) s’impose un nombre de pages à ne pas dépasser ?

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    • Méloë dit :

      Je compte lire ce deuxième ouvrage traduit lorsque j’en aurais l’occasion, alors cette similitude dans le traitement de la fin est intéressant à noter… Cela m’évitera d’être trop déçue.

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  4. heu ! si je peux mettre un petit peu mon grain de sel, ( je n’ai jamais eue l’occasion d’apprendre l’anglais, pas eue la  » permission » » et oui !!! je suis d’un autre temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre )) j’ai trouver dans ce livre une traduction vraiment vraiment bizarre , anachronique ????? MAIS VU L EPOQUE, parler de voiture, de chauffeur, de taxi pour traduire les cabs, fiacre et autre conducteur ‘ à la rigueur ‘ pour cocher, j’ai trouvé cela pas terrible pour 1881 /1882 !!! je crois même qu’elle ( la traductrice )a, un moment, parlé de volant !!?? le mot raines existe bien en français !! ( pas sure de l’ortho. 😉 ) je crois que c’est dans le dernier livre que j’ai lu ( un certain doc …..) j’ai lu les deux d’ailleurs grâce au blog. merci, merci ! 😉 😀

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    • Méloë dit :

      C’est amusant, parce que je n’avais absolument pas fait attention à cela ! Il va falloir que j’aille chercher mon exemplaire pour y regarder de plus près, car si ‘voiture’ ne me choque pas outre-mesure (on l’utilise pour désigner globalement les véhicules tirés par des chevaux), c’est vrai que globalement ces termes semblent assez anachroniques…

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  5. sheherazade2000 dit :

    bon c’est compris = je note aussi 😀

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    • Méloë dit :

      il n’est pas parfait mais l’idée est audacieuse et bouscule un peu les personnages, quelque chose que j’ai beaucoup apprécié.

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      • sheherazade2000 dit :

        lu et apprécié 🙂 – je n’ai pas été dérangée par la fin, même si effectivement elle se précipite – j’ai remarqué cela pour pas mal de polars, l’intrigue est bonne et puis tout à coup on a l »impression que l’auteur se demande comment il va « faire une fin »

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