Prélude I – François Pardeilhan

Prelude I - La jeunesse de Sherlock Holmes

(La jeunesse de Sherlock Holmes – tome 1)
(achat janvier 2013)

Le livre :

30 septembre 1868 : le jeune Sherlock Holmes arrive à Pau pour retrouver la santé. C’est là qu’il apprendra les fondements de sa légendaire méthode d’investigation.

Aux pieds des Pyrénées, dans une ville sous l’influence du tourisme britannique, au travers d’aventures dignes de ce détective hors du commun, il rencontrera des personnages hauts en couleur qui ont marqué l’histoire de Pau.

Qu’ils soient écrivain, docteur, montagnard, magistrat, notable ou commissaire, aucun ne restera indifférent au passage de ce jeune Anglais, pour la plus grande gloire de Pau.

L’avis du consulting blogger :

J’ai acheté ce recueil en même temps que In memoriam, lors de ma découverte des éditions du Patient Résidant et s’il me tentait beaucoup, je ne l’ai pourtant pas entamé aussitôt. La raison en est simple : sortant tout juste de la lecture des deux premiers tomes de la série d’Andrew Lane mettant en scène Sherlock Holmes à 14 ans, je ne voulais pas risquer de trop comparer les ouvrages (même si, vous le verrez, je le fais tout de même de temps en temps au fil de cet article. Bien qu’en réalité, les deux séries ne soient pas comparables : elles ne visent ni les mêmes buts ni le même public.).

J’ai finalement pris ce livre pour occuper mon dernier Paris-Marseille et si je ne peux pas parler de coup de cœur (il m’a manqué le petit frisson qui m’aurait totalement emportée), j’ai tout de même trouvé beaucoup d’éléments très intéressants dans ce recueil et j’ai bien envie de découvrir les volumes suivants. J’ai beaucoup aimé la progression lente de la construction du personnage que nous propose François Pardeilhan et j’ai vraiment envie de poursuivre cette découverte, de prendre le temps de voir le jeune Sherlock devenir peu à peu Sherlock Holmes, consulting detective.

On apprend aussi énormément de choses sur la ville de Pau, sa géographie, son histoire et c’est absolument passionnant. J’ai pourtant des reliquats famille dans le coin mais je ne savais vraiment rien de tout cela et c’est fascinant. En plus le récit est tellement détaillé que l’on a envie de se rendre sur place avec son livre pour parcourir les environs sur les traces du jeune Sherlock. Y’a franchement une idée à creuser de ce côté-là, des vacances holmésiennes à organiser…

Sur un plan plus anecdotique, un petit truc qui m’a amusée, c’est qu’au delà de ce que les épisodes relatés apportent à Sherlock en souvenirs et construction personnelle, ils lui laissent aussi bien souvent un petit token tout à fait matériel cette fois-ci et c’est chouette de se dire que c’est finalement peut-être ça l’histoire de cet objet familier qui orne le 221b.

Enfin petit coup de cœur, pour le médaillon en couverture qui évoque sans rien spoiler les 3 textes du recueil. Non seulement l’illustration est vraiment jolie mais en plus c’est une chouette idée je trouve. Cette image ne dit rien ou pas grand chose à celui qui n’a pas encore lu le livre et se contente de voir et pourtant elle peut révéler bien des choses à celui qui prend le temps d’observer…

Après une introduction générale curieuse et intéressante (je vous laisse la découvrir), Les enfants d’Abd-el-Kader nous raconte les premiers mois de Sherlock Holmes à Pau. On découvre son arrivée en famille, son installation… et c’est très intéressant parce que dès les premières pages, on découvre un jeune homme observateur et méthodique. 

Ca n’est pas exaltant sur le plan de l’action mais c’est intéressant parce que plus tard, dans le Canon, Holmes reproche toujours au Dr. Watson de donner dans le romanesque et d’oublier les détails importants et réellement utiles à l’enquête en faveur de précisions futiles, de ne pas avoir de méthode dans son récit. Là, on voit vraiment Sherlock faire tout le contraire, s’attacher aux faits et à la vérité sans chercher à subjuguer le lecteur, procéder avec minutie et précision, dérouler totalement et méthodiquement le fil de ses observations et de sa réflexion, insérer des détails qui sont réellement porteurs d’information objective et cela correspond bien à ce qu’il dit attendre d’un compte-rendu de faits réels dans le Canon. 

C’est comme cela que l’on s’attend à voir Holmes relater des événements et c’est vraiment bien fait parce que ça ne devient jamais ennuyeux non plus. Malgré la démarche stricte, cela reste très plaisant à lire et c’est intéressant de voir ce que le personnage juge utile et ce qu’il choisit de ne pas évoquer. Cela en dit long sur lui je trouve et ça correspond plutôt bien à l’idée que je m’en faisais.

Ce que j’ai aussi vraiment aimé c’est que dans ce recueil, Sherlock Holmes est un jeune homme plutôt vif d’esprit et curieux, méthodique et concentré mais qui n’a pour autant rien d’extraordinaire non plus, aucun don surnaturel. Ses capacités hors du commun, il ne les doit qu’à un entraînement acharné qui débute un peu par hasard. Après avoir passé des années à Londres, sans grande liberté à cause de ses soucis de santé, il est subitement plongé dans un nouvel univers limité qu’il est obligé de parcourir dans tous les sens plusieurs heures par jour. Forcément, il observe ce qu’il entoure, les gens qu’il croise et commence à réaliser qu’à certaines heures il observe toujours les mêmes phénomènes et ce qui est intéressant c’est que cela se produit d’abord de façon inconsciente. Il absorbe son environnement très naturellement, sans se poser de question au début.

C’est finalement plus par ennui qu’autre chose et pour stimuler son esprit qu’il commence à exercer sa mémoire et ses capacités d’observations. Il va essayer de repérer des schémas qui se répètent et commencer à essayer d’en apprendre plus sur les gens qu’il croise en les observant tout simplement pour rendre ses promenades un peu plus intéressantes. Et je n’y avais pas pensé en découvrant les textes d’Andrew Lane mais cela semble évident en découvrant ce premier volume que les méthodes holmésiennes n’ont pas d’abord été développées dans un cadre criminel, surtout vu l’âge auquel il en pose les bases. Ce sont d’abord de petites observations anodines et déductions liées au quotidien et ça semble beaucoup plus logique et plausible comme cheminement.

Un truc qui m’a aussi beaucoup plu est lié à la toute première application consciente et poussée de la science de la déduction : pour vous resituer le truc, Sherlock vient de déduire le passé d’un mendiant et voit ses hypothèses confirmées en tout point. L’histoire qu’il vient de déduire est tragique et pourtant l’adolescent n’est pas bouleversé ; on le voit même se réjouir d’avoir formulé les bonnes déductions. Ca correspond vraiment bien au caractère du personnage : il ne connaît pas cet homme et donc ne s’intéresse pas vraiment à lui ; tout ce qu’il intéresse c’est de savoir s’il a raison, si son raisonnement scientifique est correct, si sa méthode est fiable. C’est finement posé je trouve. L’auteur ne s’appesantit pas sur la question, ne souligne pas le fait que Holmes ne soit pas ému. C’est vraiment très discret mais c’est parfait je trouve et c’est un point qui m’a réellement marquée et que j’ai adoré.

La réaction du jeune Sherlock peut au premier abord paraître a bit not good, mais la question en fait ne se pose pas parce que finalement il ne s’agit pas d’être touché ou pas par l’homme est son histoire. C’est tout simplement que Sherlock ne voit que l’énigme, l’exercice cérébral dans cette histoire. C’est peut-être bête parce que cet épisode n’occupe finalement que quelques paragraphes mais je crois que c’est finalement le point qui m’a le plus marquée et m’a le plus plu de ce recueil. Je trouve que sur ce point, François Pardeilhan a parfaitement réussi à saisir et retranscrir le rapport de Holmes aux affaires qu’il traite, sa façon de réagir.

Bon, le crime finit bien par arriver tout de même et ça va sans doute être un des triggers qui feront que ce petit exercice né pour tromper l’ennui deviendra un véritable objet de dédication mais ça n’est finalement pas le plus important de ce premier texte, pour moi.

Puisque j’en suis à évoquer l’enquête, j’ai beaucoup aimé le rôle joué par le docteur Gautier parce qu’il a une influence très formatrice sur Holmes. Il le force à affiner sa méthode en jouant l’avocat du diable. Il le pousse à aller au bout de ses observations et déductions, à ne jamais rien laisser au hasard, à envisager toutes les options possibles et à les éliminer une par une jusqu’à ne garder que la seule qui s’accorde avec tous les faits.

Sherlock est aussi confronté à son premier cadavre dans cet affaire et si je l’attendais au tournant, sa réaction me semble assez crédible et logique. Comme pour l’affaire du mendiant, ses sentiments n’entrent pas en compte : il ne voit que l’affaire sur laquelle il a exercé sa méthode et qui n’est pas encore tout à fait résolue. Et franchement, ça tient la route.

Cette rencontre et les échanges entre les deux personnages sont très formateurs pour Holmes et ce dernier va retirer pas mal de chose de cet épisode mais pas tout pour autant comme c’est le cas avec Amius Crowe dans le livre d’Andrew Lane et ça paraît beaucoup plus crédible et logique.

Quand débute Souvenirs d’un montagnard, plusieurs mois se sont écoulés depuis la fin des événements relatés dans la première nouvelle sans qu’il se passe rien de remarquable. La famille Holmes prend peu à peu ses marques dans la ville, la santé de Sherlock s’est bien améliorée et une fois de plus l’histoire démarre banalement par une randonnée en montagne et c’est normal : à 14 ans, on ne galope pas d’enquête criminelle en enquête criminelle et la formation d’un caractère n’est pas liée qu’à des événements extraordinaires.

Dans ce texte, Sherlock fait la connaissance d’un autre personnage qui va beaucoup le marquer et contribuer à développer sa méthode : Henry Russel (un pionnier de l’exploration systématique des Pyrénées qui a réellement existé) et les interactions entre les deux sont très intéressantes parce que les caractères des deux individus semblent d’abord assez éloignés et pourtant il y a une vraie dynamique constructive entre les deux. Sherlock va apprendre énormément de choses au cours de l’été passé en compagnie de Russel et il va aussi affiner encore sa méthode en la voyant questionnée.

Il n’y a pas de vrai crime à élucider au final dans ce récit, juste une énigme intrigante et ça n’est pas gênant parce que cela n’empêche pas Sherlock de former son esprit, sa méthode. Il observe et apprend en particulier comment exposer son raisonnement et ses conclusions pour que ses interlocuteurs suivent, comprennent et ressortent convaincus.

Ce qui est vraiment intéressant dans ce recueil, c’est que ça n’est pas un seul homme qui apprend tout à Sherlock et le marque intégralement de son influence. Au fil de ses rencontres, il est influencé un peu par chacun et se construit ainsi progressivement en piochant par ci par là des connaissances, des comportements, des idées (pour son grand hiatus par exemple), pas toujours consciemment au moment où cela se produit et c’est beaucoup plus logique que ce que propose Andrew Lane.

Quant au récit, il est toujours minutieux et méthodique, Sherlock ajoutant après coup les précisions qu’il estime nécessaire, comme les altitudes des montagnes évoquées. Ca n’est pas clairement dit, mais personnellement je n’imagine pas que ce soit Henry Russel qui ait donné ces infos, mais plutôt Sherlock qui les a recherchées avec l’aide de son ami libraire pour rendre son compte-rendu plus précis et complet.

Enfin La salle d’arme nous relate les premiers pas sportifs de Sherlock. Alors qu’il avait été jusque là privé par ses soucis de santé de tout effort physique intense, Sherlock va pouvoir commencer son entraînement sportif réèl qui sera marqué au terme de ce texte par sa découverte du fameux baritsu (que j’ai personnellement toujours rêvé d’apprendre…). Le sport occupe une place importante dans ce volume parce qu’il donnera au jeune homme l’occasion de faire quelques rencontres essentielles et lui aportera aussi des notions de rigueur, de concentration, d’anticipation, de stratégie qu’il sera finalement capable de réappliquer à d’autres domaines.

Sherlock entame sa deuxième année à Pau et le deuxième gros changement apporté par l’amélioration de son état de santé est qu’il ne suit plus de cours particuliers, mais intègre le lycée local ce qui va provoquer quelques remous…

En effet, Sherlock est un jeune homme solitaire, habitué à mener son quotidien comme il l’entend et pas très doué pour les relations humaines. Il n’a pas les mêmes centres d’intérêt que ses camarades et n’est pas au top côté conventions sociales tout simplement parce que son mode vie des années précédentes l’a isolé des jeunes de son âge. Il se retrouve tout à coup propulsé au milieu d’un groupe qui a ses habitudes, ses codes, ses conventions qu’il n’a jamais partagées et il ne ressent pas particulièrement le besoin de se forcer.

Forcément, cela va contribuer à l’isoler encore un peu plus et lui apporter quelques légers ennuis mais on ne le sent pas non plus souffrir de la situation et cela ne l’empêche pas de nouer une relation amicale avec un camarade de classe et c’est très agréable de découvrir, pour une fois un Sherlock adolescent qui ne soit pas névrosé comme c’est souvent le cas dans les fanfics ou d’autres textes. Holmes peut parfois sembler tellement différent des individus qui l’entourent ou du lecteur que de nombreux auteurs et holmésiens cherchent à tout prix à expliquer son comportement par un trouble profond la personnalité ou je ne sais quel autre état pathologique. Là, François Pardeilhan évite cet écueil et cela fait du bien. Sherlock va bien, merci pour lui, il est juste Sherlock et c’est tout.

On le voit aussi faire preuve d’un intérêt de plus en plus marqué pour les faits divers. Il les recherche dans le journal et s’interroge parfois un peu à leur sujet mais ne cherche pas non plus à tout résoudre : certains événements ne le méritent pas, pour d’autres il ne peut physiquement rien faire. Et puis il est aussi tout simplement encore dans une phase où il observe et analyse beaucoup et où il a déjà beaucoup à faire rien que sur l’ennoncé des faits : déduire lesquels peuvent être liés, être plus complexes qu’il n’y paraît…

Alors bien sûr quand une vraie affaire criminelle se présente à sa sagacité, il y réfléchit mais on réalise rapidement que ce processus s’étale sur plusieurs mois, que c’est le fruit d’une assez longue maturation. Il ne fonce pas dans le tas tête baissée et au moment où il résout sa première vraie série de crimes, il a déjà beaucoup changé par rapport au jeune homme qui posait le pied en gare de Pau pratiquement deux ans plus tôt. François Pardeilhan laisse au personnage le temps de se former et c’est un atout majeur de ce premier volume, ce qui le rend si intéressant et réaliste.

Bref, une lecture vraiment très agréable, riche en découvertes et en pistes de réflexion sur la personnalité de Sherlock Holmes. Comme je le disais en début d’article, ce volume en lui-même n’est pas un coup de cœur, mais si la suite est du même tonneau, la série, elle, pourrait bien devenir un coup de cœur. Il y a vraiment beaucoup de chose à retirer de cette lecture et je pense vraiment que c’est un ouvrage que je rouvrirais dans quelques temps pour y voir d’autres choses, m’attarder sur d’autres points.

La jeunesse de Sherlock Holmes : tome 2.

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Le site des éditions Le Patient Résidant.

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2 commentaires sur “Prélude I – François Pardeilhan

  1. belette2911 dit :

    Hello,

    Je possède aussi les titres des éditions du Patient Résident, mais ce prélude, non. En fait, j’ai lu « La jeunesse de SH à Pau » tomes 2-3-4 et je possède aussi « le départ » que je n’ai pas encore lu.

    L’avantage du tome 2, c’est que Sherlock est le narrateur, ce qui est plus agréable qu’en narrateur à la troisième personne comme le furent les suivants.

    Là, c’est sûr, je dois me le commander !

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    • Méloë dit :

      Ah tiens, je ne savais pas que Sherlock n’est pas le narrateur tout au long de la série. C’est d’ailleurs justement un des points qui rendent ce tome 1 si intéressant. Franchement, n’hésite pas, j’ai trouvé que c’était vraiment un recueil d’excellente qualité

      Tu me donnes envie de me plonger bien vite dans la suite de la série. D’ailleurs le T2 sera sans doute mon prochain craquage livresque.

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