In Memoriam – Sophie Bellocq-Poulonis

in memoriam - Sophie Bellocq-PoulonisIn memoriam…

Retiré sur la côte atlantique, Edgar-Philippe de Lisle, ancien professeur d’université, mène une vie paisible qu’il consacre à ses travaux d’écriture. Mais la découverte, sur un chantier de la ville, d’ossements humains accompagnés d’un vieux manuscrit expliquant leur présence, bouleverse sa routine…

L’avis du consulting blogger…

Quand j’ai découvert les éditions du Patient Résidant, ce titre n’a pas particulièrement attiré mon œil. Il a fallu que le directeur de la maison l’évoque dans ses réponses à mon interview pour que me prenne l’envie d’aller voir de quoi il retournait. Et quand j’ai vu qu’il était question d’ossements refaisant surface, je n’ai pas hésité bien longtemps avant d’ajouter ce titre à ma sélection. Histoire de pousser la monomanie jusqu’au bout, j’ai attendu d’être en colloque d’anthropo’ bio’ pour lire ce livre…

J’ai énormément de choses à dire à son sujet et je ne sais pas encore si je vais réussir à tout caser dans ce billet, mais si vous ne deviez retenir qu’une information, c’est que j’ai littéralement adoré ce bouquin ! Il s’agit même de mon deuxième coup de cœur de l’année.

Alors que je m’étais plutôt ennuyée au cours de mes dernières lectures, avec ce roman j’ai retrouvé l’excitation grandissant au fil du déroulement de l’intrigue, le plaisir de savourer un texte bien écrit, de vivre une aventure palpitante (The game, Mrs Hudson, is on!) auprès de personnages qui m’ont immédiatement charmée. A là limite, je m’en voulais presque de le lire si rapidement, tant j’aurais voulu faire durer le plaisir encore et encore…

Il faut dire que dès les premières pages j’ai été totalement captivée par l’histoire. Si le premier chapitre m’a laissée perplexe (on se doute qu’il a une certaine importance, mais on ne dispose par encore de toutes les informations nécessaires), dès que j’ai eu fait la connaissance de Edgar-Philipe de Lisle, je n’ai pratiquement pas pu reposer mon livre.

C’est un personnage extrêmement sympathique que j’ai vraiment beaucoup aimé et dans lequel je me suis retrouvée : professeur à la retraite, plutôt solitaire, peu bavard et à la vie très ordonnée, il vit au milieu de ses livres, en compagnie de son chat nommé Watson, et s’intéresse à tout un tas de choses, menant de petites expériences en botanique, géologie…

Il nous explique que l’émotion […] pervertit l’objectivité et la lucidité nécessaires à l’approche rationnelle de toute étude. On nous explique également à son sujet que les historiens, et les chercheurs par extension, jouissaient souvent, en plus d’un entêtement proche de l’obsession, d’un caractère étonnant. L’énigme nourrissait leur besoin viscéral de savoir et attisait l’instinct de la quête qui les définissait dans leur nature intrinsèque. Comme les héros des grands romans initiatiques, ils aimaient à se sentir investis d’une mission dont ils se convainquaient et dont eux seuls percevaient l’importance. Cette orientation donnait d’ailleurs lieu à des comportements aberrants pour qui y était étranger, proches des agissements et attitudes observés chez des sujets atteints de troubles dits autistiques. C’est une observation que je trouve très juste, très finement menée, et une fois de plus qui m’a personnellement parlé.

Mais ce qui est surtout génial, c’est la façon dont il fonctionne avec Catherine Steinberg. Ils sont bien différents mais forment un duo merveilleux. A eux deux, ils font revivre Sherlock Holmes à travers les pages de ce livre. Catherine est un personnage formidable. Je crois que c’est l’une des premières fois où je fais la connaissance d’un personnage féminin qui ne me tape pas sur les nerfs, un personnage dans lequel je me suis profondément reconnue (elle a même suivi un module sur les comportements déviants !).

Au début, je tenais à identifier un Holmes et un Watson parmi les personnages du roman, mais Sophie Bellocq-Poulonis a fait encore mieux, elle a réussi le pari brillant de redonner vie à Sherlock en évitant le simple copier-coller qui ne tiendrait pas longtemps la route. Elle a créé deux personnages absolument uniques mais qui sont en même temps, dans leur complémentarité, un superbe hommage à Sherlock et à ses nombreuses vies (de papier et à l’écran), tout en subtilité parce que ce détective est bien plus qu’un personnage, il est une référence, un mythe sans lequel la littérature actuelle ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui

J’aime aussi la façon dont le livre est gorgé de références littéraires de Agatha Christie aux classiques de la SF et musicales avec Bach et Iron Maiden qui se succèdent dans une même page. L’auteure a bâti un univers dans lequel je me sens bien, qui m’est familier. 

Et puis bien sûr, au-delà des éléments présents dans la construction des personnages il y a toutes les références plus directes à Sherlock Holmes, que le personnage, des éléments du Canon (Diogène, LA femme, la chambre 221b, la science de l’observation et de la déduction employée à des fins… originales…) et les holmésiens soient évoqués au détour d’une explication ou d’un détail de l’intrigue ou bien tout simplement que les deux enquêteurs amateurs le citent régulièrement dans de savoureuses joutes verbales car ils appellent ça le Canon et en citent certains passages comme d’autres le font de la Bible.

Sherlock Holmes n’est peut être pas présent en chair et en os, mais pourtant il rode sur chacune des pages de ce livre et c’est jouissif ! A noter que Elena Rodriguez me fait pas mal penser à LA femme, même si ça n’est pas elle qui est désignée sous ce nom dans le roman.

Du côté de l’intrigue, c’est un bouquin intelligent et qui demande au lecteur de l’être à son tour, de ne pas seulement regarder mais d’observer, d’analyser, de déduire afin d’arriver aux mêmes conclusions que les personnages au même rythme qu’eux. L’auteure nous laisse tous les indices nécessaires, à nous de faire travailler nos petites cellules grises (on me pardonnera, j’espère, l’évocation de Hercule Poirot dans ce billet).

Quant à ce personnage anonyme, que j’évoquais en début de billet et qui semble atteint d’alzheimer, il est vraiment très intéressant et très bien amené. J’ai aimé la façon dont on fait brièvement sa connaissance dans les premières pages avant qu’il ne prenne peu à peu de plus en plus d’importance… Les chapitres qui lui sont consacrés sont de plus en plus nombreux, de plus en plus rapprochés au fur et à mesure que l’identité du patient est révélée, que la mémoire lui revient des éléments capitaux pour l’enquête nous sont dévoilés. J’ai trouvé cet aspect brillamment exécuté !

Enfin, la folie du tueur est fascinante et effrayante à la fois. Elle frôle le fantastique et le doute se met dans l’esprit du lecteur. L’explication purement rationnelle tient parfaitement la route mais est-elle la seule entrant en jeu ? Le doute est d’autant plus permis que l’on découvre quelques faits, liés aux deux autres personnages impliqués, plutôt troublants…

In memoriam - extraits

pour vous donner une petite idée de la mise en page

Enfin, sur le plan de la forme, j’ai adoré l’intégration dans le corps du récit des divers schémas évoqués, de coupures de presse SPOILER : et en fin d’ouvrage du carnet de Stéphane Dumin. Tous ces éléments contribuent à donner une certaine dynamique au texte, à rendre plus tangibles et réels les éléments évoqués. Sans que ces éléments prennent trop d’importance, ils ajoutent un vrai plus au récit, j’ai trouvé.

Et puisque je ne peux refermer ce billet sans vous parler de l’aspect anthropo’ de ce roman, juste quelques mots: c’est terrible hein, parce que je n’ai pas pu m’empêcher d’analyser le truc de façon pro’ en me disant, oui mais non, perso je ne ferais pas comme ça, là je ferais plutôt une DSP quand même pour être sûre…

En fait, c’est peut-être le seul petit point qui m’a un poil moins enthousiasmée que les autres. En fait, si je n’ai pas lu de grosses aberrations à ce sujet, j’ai trouvé les éléments donnés un peu trop, comment dire, « bruts », trop conformes à ce qui apparaît dans les manuels et pas assez marqués par l’expérience, la variabilité observée.

De même, les anthropologues obtiennent des résultats bien trop rapidement par rapport à la réalité (une reconstitution faciale peut représenter jusqu’à 8 mois de travail, par exemple) donc les progrès faits en 24h sont peu crédibles mais en même temps on est dans un roman et il faut bien faire avancer l’intrigue. Dans tous les cas, on est bien loin des imbécillités proférées dans la série Bones, et le lecteur lambda trouvera son compte. De mon côté, comme il s’agit de mon domaine, j’ai un peu tiqué et n’ai pas pu m’empêcher d’analyser la situation comme un cas réel (mais je suis un irrécupérable sur ce plan là).

En bref…

Un roman captivant, intelligent, bien écrit, dont l’intrigue plaira à tous et prendra en plus une saveur particulière pour les holmésiens. Courez le commander et parlez-en autour de vous. Ce bouquin est génial et puis c’est tout !

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Le Patient Résidant : site officiel

Infos : In memoriam, de Sophie Bellocq-Poulonis. Sorti le 1er novembre 2011 chez Le Patient Résidant. 312 pages. Edition papier : 21€.

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12 commentaires sur “In Memoriam – Sophie Bellocq-Poulonis

  1. cecile83 dit :

    Je le lis dès que je suis riche. J’avais trop aimé les deux pastiches que j’avais lu d’elle. D’après ton avis, cela semble du même acabit !

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    • Méloë dit :

      Mouaaha, je me reconnais trs bien dans le « dès que je suis riche ». Là, j’avais profité de l’argent reçu à Noël pour passer quelques commandes livresques.

      Du coup, moi c’est l’inverse, maintenant, j’ai super envie de découvrir ses pastiches !

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  2. Delph dit :

    Ton avis et ton enthousiasme pour ce livre sont très communicatif ! il vient de s’ajouter à ma wish-list !

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  3. belette2911b dit :

    Rien qu’en lisant ton avis, on a juste une envie : le posséder dans sa biblio et le lire !

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  4. vero1001 dit :

    Quel article enthousiaste ! Pourtant, si je ne m’étais que fiée à la couverture, je ne l’aurai même pas retourné pour lire lae de couverture….

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    • Méloë dit :

      Je t’avoue que c’est bien ce que j’ai d’abord fait. La couv’ n’avait pas du tout attiré mon attention. Heureusement que François Pardeilhan l’a évoqué dans son interview.

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  5. MyaRosa dit :

    Quel enthousiasme ! C’est bien agréable de lire un billet si élogieux. Je ne connaissais pas du tout ce livre ni même la maison d’édition, mais je note précieusement. Merci pour la découverte.

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    • Méloë dit :

      Mais de rien 🙂
      Je suis contente de voir que mon enthousiasme ressort si bien. Il faut dire que j’ai tellement râlé après mes dernières lectures que j’étaits contente de dire tout le bien que je pense de ce roman.

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  6. Encore une fois je ne lis pas ton billet en détails parce que ton enthousiasme et la présentation du livre me donnent envie de le découvrir. Il est noté chez moi 🙂

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